Unir la langue musicale à la langue écrite. Cédric Pescia et Omar Porras sont comme deux frères d’âme engagés dans une même quête de sens. Le pianiste lausannois convie des amis musiciens pour une épopée autour du compositeur allemand au Théâtre Kléber-Méleau de Renens (TKM). Ce soir, il partage la scène avec le metteur en scène colombien Omar Porras (directeur du TKM) pour un concert-lecture autour de Schumann et Novalis. Intitulé «Fantaisies nocturnes», ce premier rendez-vous sera suivi de quatre autres concerts jusqu’à mardi prochain.

A l’instar de Heinz Holliger, Cédric Pescia a toujours voué une admiration à Schumann. Le pianiste ressent une proximité presque «amicale» avec ce poète du romantisme. «C’est difficile de se sentir proche de figures abstraites ou imposantes comme Bach et Debussy. Avec Schumann, il y a un rapport d’intimité qu’on peut créer quand on le côtoie à travers sa musique, ses écrits. On voit les fêlures, les moments de joie, les moments d’abattement tellement plus clairement que chez n’importe quel autre compositeur, surtout avec les œuvres de piano du début. Schumann est là, à l’état brut, avec ses coups de génie, ses difficultés aussi. Dans chaque œuvre, il y a des passages un peu redondants, un peu moins réussis.»

Du reste, Schumann, dont le père était libraire à Zwickau (près de Dresde) a hésité entre une carrière de poète et de musicien virtuose pour finalement devenir compositeur. Ses œuvres sont truffées de références littéraires à Jean-Paul, E.T.A. Hoffmann et d’autres auteurs romantiques. Omar Porras lira les Hymnes à la nuit de Novalis en écho aux Kreisleriana et aux Fantasiestücke opus 12 joués par Cédric Pescia. Alessandro Ratoci, professeur de musique électro-acoustique à l’HEMU, ajoutera une dimension sonore à ce concert-lecture, pour évoquer le monde cosmique de Novalis et la modernité de Schumann. Un parti pris «osé», «expérimental», qui ne fera pas nécessairement l’unanimité, avertit Cédric Pescia. «Ce sont des tentatives de montrer avec l’électronique la modernité de ces deux langages, celui de Novalis et celui de Schumann.»

Perles de musique chorale

La musique chorale sera aussi à l’honneur. Dominique Tille dirigera l’Académie Vocale de Suisse Romande dans un bouquet de pièces a cappella et accompagnées au piano de Schumann, Schubert, Brahms et Mendelssohn (di 29 mai à 17h30). «C’est un très beau voyage dans l’Allemagne romantique, ses forêts, son univers de légendes. Or, ce répertoire magnifique est négligé sur les podiums de salles de concert.» Le pianiste irlandais Fighin Collins, lui, a choisi les Fantasiestücke op.111 et les Scènes de la forêt de Schumann, couplés à la Partita No1 de Bach et aux Moments musicaux de Schubert (ve 27 mai à 20h). Le pianiste français Philippe Cassard est attendu dans la Grande Humoresque op.20 de Schumann et les Sept Fantaisies op. 116 de Brahms. Enfin, le Trio Stark s’aventurera dans les trois Trios de Schumann que l’on entend infiniment moins que ceux de Brahms ou Beethoven (sa 28 à 20h).


Autour de Schumann, du 26 au 31 mai au Théâtre Kléber-Méleau de Renens. Loc. 021 625 84 29 et http://www.t-km.ch