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La narratrice prend la fuite à Trieste.
© REUTERS / STEFANO RELLANDINI

Livres

La passion selon Sarah

Pour son premier roman, Pauline Delabroy-Allard raconte un amour entre deux femmes: absolu, dévorant, sublime

Un printemps, Sarah entre dans la vie de la narratrice, comme un volcan entre en éruption. Entre les deux femmes, une passion amoureuse, sensuelle, sexuelle, naît, qui ne leur laissera plus de repos. Un feu d’artifice permanent. Le premier amour qu’elles éprouvent, chacune, pour une autre femme, un amour épuisant et sublime, trop beau pour de simples mortelles. Lire Ça raconte Sarah, premier roman de Pauline Delabroy-Allard, 30 ans, c’est se laisser entraîner par les phrases, leur rapidité, leur emphase. L’équivalent, dans le domaine des transports amoureux, d’un avion supersonique. On pense à Duras, pour l’obsession, la peinture des amours vertigineuses mettant la raison à mal (l’auteur d’Hiroshima mon amour est citée dans le roman).

La narratrice laissera derrière elle son enfant, son compagnon, sa profession d’institutrice pour suivre Sarah, la violoncelliste, «tornade inattendue», «exaltée» et «maladroite», qui commence, le soir de leur rencontre dans une fête trop guindée, par renverser un verre de vin rouge sur une moquette crème. Le ton est donné: il sera au débordement, à l’épanchement, au tragique. Le lecteur a aussitôt de la sympathie et de l’admiration pour ce «démon», qui met les pieds dans le plat, «désirable à en crever», qui aime comme elle joue du violoncelle, con fuoco. Une libératrice. Sarah entraîne la narratrice dans un tourbillon de saveurs, de couleurs, d’émotions qui les laissera exsangues. Leur histoire les vampirise, ne se consume pas mais les consume.

Une seule coulée de lave

Au contact de Sarah, la narratrice devient elle aussi bouleversée, «aberrante», et le style du livre est parcouru de la même énergie: trop riche de mots, trop capiteux, ressassant, merveilleusement tenu pourtant, d’un bout à l’autre, en une seule coulée de lave enivrante. Comme un seul et même geste éperdu.

Puis Sarah aux «yeux de serpent», à l’odeur «de cuir bleu nuit et de désir orageux», à la «vulve violine», chasse celle qu’elle adore et tombe gravement malade. Pourquoi le destin (et la romancière) doit-il s’abattre sur les amantes? La narratrice prend la fuite à Trieste, entre déni et folie. A l’euphorie amoureuse succède une autre euphorie, morbide. Plus retenu, plus court, le livre n’aurait pas été moins intense, au contraire. Mais Sarah, présente ou absente, restera toujours démesurée. Vivante.


Roman
Pauline Delabroy-Allard
Ça raconte Sarah
Minuit, 188 p.

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