Chaque semaine de l’été, «Le Temps» propose une immersion dans un patois encore vivace de Suisse romande.

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«Celui qui est en haut». Le chant genevois, dont quatre des 68 strophes forment aujourd’hui l’hymne de la République entonné lors de la fête de l’Escalade ou avant les matchs du Servette HC, est l’unique relique d’un patois disparu depuis longtemps de l’usage courant dans le canton.

La 29e strophe relate d’ailleurs l’épisode de la marmite, symbole de la bataille que se livrèrent habitants de la ville et Savoyards en décembre 1602:

On Savoyar, uprè de la Mounia,
Y fu tüa d’on gran cou de marmita
Qu’onna fenna li accouilla dessu;
I tomba mour, frai et rai eitandu.

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En ville, le français s’est imposé dès la Réforme et a été encore renforcé avec l’arrivée de plus de 3000 huguenots à la fin du XVIIIe siècle; les derniers locuteurs de patois disparaissent de l’agglomération dans les années 1850 déjà. En 1908, le Dictionnaire géographique de la Suisse note que le patois est «déjà fort rare dans les anciennes communes genevoises, les communes catholiques le conservent un peu mieux». Il subsistera en effet quelques locuteurs dans ces campagnes jusque dans les années 1930, notamment à Aire-la-Ville et Bernex.

C’est à un natif de cette dernière commune qu’on doit d’ailleurs, en 1932, la seule trace sonore d’une personne dont le patois genevois est véritablement la langue maternelle. Malheureusement introuvable en ligne, l’enregistrement longtemps oublié a été redécouvert au début des années 2000 dans les Archives phonographiques de l’Université de Zurich et a fait l’objet d’un CD. D’une voix qui se distingue parfois à peine parmi les grésillements, on y entend Camille Fleuret, alors âgé de 83 ans, raconter la moisson: «Y a souasànt a sèptànt an, on kopîv lu blyâo aoué l volàn.» («Il y a soixante ou septante ans, on coupait le blé avec la faucille.»)

Ce n’est que la description banale d’une scène banale, mais de savoir rétrospectivement que ce moment est si unique le rend terriblement plus émouvant qu’un chant patriotique ressassé.