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Patrica Arquette banale et glorieuse dans «Escape at Dannemora»

Histoire d'une évasion, la mini-série «Escape at Dannemora» passe un peu inaperçue malgré une équipe de prestige, avec Benicio del Toro devant la caméra et Ben Stiller derrière. Patricia Arquette y est époustouflante en cheffe d'atelier de couture de prison

On reconnaît parfois les grandes actrices par leur capacité à jouer des femmes ordinaires. Pas des princesses dorées, pas des moitiés de Bonnie & Clyde violemment glamour, pas de sublimes pauvrettes. Mais des dames de tous les jours, cabossées, brisées peut-être, lumineuses au fond. Patricia Arquette aura fait les deux: le Bonnie & Clyde façon poudre au nez écrit par Tarantino dans True Romance, de Tony Scott (1993), encore une folle chevauchée rebelle à travers Lost Highway de David Lynch (1997), puis la voici ces jours dans le rôle de Tilly Mitchell, grisâtre employée de prison. Une performance puissante.

Réalisée par Ben Stiller, avec lequel Patricia Arquette a tourné en 1996, Escape at Dannemora affiche une distribution de luxe, enrichie par Benicio del Toro, David Morse (un toujours fiable second rôle au cinéma, vu en séries dans Dr House, Treme et True Detective) et, pour la relève, Paul Dano, apparu jeune dans Little Miss Sunshine. La mini-série de huit épisodes, qui passe un peu inaperçue ces jours, est montrée par Canal+ Séries.

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Un fait divers fameux de l'histoire récente

L’histoire est basée sur un fait divers qui a passionné les Américains en 2015. Cet été-là à Dannemora, nord de l’Etat de New York, deux détenus se sont évadés et ont donné lieu à une vaste traque. Ils avaient tous deux entretenu une liaison avec Tilly Mitchell, qui travaille dans la prison, comme son mari. Dans la fiction, celle-ci est la responsable de l’atelier de couture. Suivant le système pénitentiaire américain, les détenus s’escriment sur leurs machines à coudre branlantes, pour effecteur des commandes des grandes industries du textile – et gagner de quoi se payer des produits qui améliorent l’ordinaire.

Richard, le personnage qu’incarne Benicio del Toro, le caïd des cellules, repère une possibilité d’évasion. Il en parle à David, camarade d’étage dans la prison. Lequel couche parfois en vitesse avec Tilly, dans le débarras de l’atelier. Richard y voit une possibilité d’obtenir quelques outils utiles de la part de la responsable. David hésite, le maître de la prison décide de s’y prendre par lui-même, en cherchant à la séduire.

Tilly, elle, est une employée qui sait se défendre, réfutant les accusations pourtant fondées. Elle vit avec un mari peu malin, lequel ne regarde jamais quiconque dans les yeux, balance sa tête à longueur de propos creux, et veut visiter les musées militaires de la région.

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Une lenteur qui peut déconcerter

Les débuts d’Escape at Dannemora fonctionnent selon une rythmique qui peut déconcerter. Les créateurs et auteurs, Brett Johnson et Michael Tolkin, n’usent d’aucun artifice du moment. Pas d’implacable succession des scènes, pas de cliffhanger suspendant le quidam en fin d’épisode.

La manière, lente, dont ils posent leur grande évasion surprend. Elle leur est reprochée par certains critiques, mais elle constitue sans doute l’un des grands atouts de cette mini-série, par l'originalité de sa mise en place.

Tilly et ses ignobles lunettes

Et il y a Patricia Arquette. Pour ce que l'on voit des photos de la véritable Mme Mitchell, l'actrice pousse loin l'osmose avec son modèle. Toute cette histoire de fuite commence par un long travelling circulaire rivé à la nuque de la comédienne. C’est un bond temporel; Tilly est interrogée par une émissaire de l’État qui enquête sur l’évasion, après coup. L’investigatrice est au courant des liaisons carcérales de la cheffe d’atelier, qui nie. La caméra tourne dans le dos de la Patricia Arquette, avant de passer de profil, puis la filmer de face. Ce visage qui a vieilli, qui s’assume, qui ne cherche en rien à dépasser la réalité chiffonnée de son personnage. Elle porte d’ignobles lunettes et un décolleté flasque, flanqué d’un tricot vert caca d’oie.

L’actrice donne à Tilly sa faiblesse lointaine, ce manque, parce que Tilly s’accroche à ce qu’elle peut obtenir chaque jour en guise de bribe d’humanité. Face au mâle campé par Benicio del Toro, qui en fait des tonnes dans les regards torves, elle lance: «Mon mari ne me regarde pas.» Là où les hommes sont enfermés, Tilly trouve son évasion. Après une carrière de 30 ans, Patricia Arquette empoigne cette femme qu'on peut trouver sordide ou touchante, et qui se bat. C’est du talent, rien d’autre.

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