A l'occasion de la remise, le 28 octobre, du prix annuel de la Fondation pour Genève à Patrick Chappatte, «Le Temps» consacre une série d'articles au dessin de presse, à la liberté d'expression et à la carrière de son dessinateur attitré depuis la création du journal.

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La fondation suisse Cartooning for Peace a changé de nom. Elle s’appelle désormais Freedom Cartoonists Foundation – Dessins pour la liberté. Toujours basée à Genève, elle va poursuivre sa double mission entamée il y a dix ans: gérer un fonds de solidarité destiné aux dessinateurs en difficulté autour de la planète, et remettre tous les deux ans un Prix international saluant le courage de dessinatrices et de dessinateurs, tout en organisant une exposition des dessinateurs primés sur le quai Wilson. «La plus belle galerie du monde», lance Patrick Chappatte, dessinateur au Temps et président de la nouvelle structure.

La décision, prise au début du mois d’octobre, a pour but de clarifier une situation bicéphale. Désignant jusqu’ici deux entités, l’une sise à Paris et l’autre à Genève, Cartooning for Peace est née sous l’impulsion de Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU. En septembre 2005, la publication d’une série de 12 dessins intitulés Les visages de Mahomet dans le quotidien danois Jyllands-Posten avait déclenché des émeutes meurtrières notamment au Pakistan et en Libye. Un an plus tard, Kofi Annan organisait un colloque à New York intitulé «Désapprendre l’intolérance». La rencontre réunissait 12 dessinateurs. Dans la foulée, une association fut créée à Paris, sous la direction de Plantu, dessinateur au Monde. Kofi Annan souhaitait que soit établie une fondation de droit suisse à Genève. Elle vit le jour en 2010, cofondée par Jean Plantu, Patrick Chappatte et Marie Heuzé, alors directrice du service de l’information de l’ONU. Kofi Annan en devint le président d’honneur.

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La structure parisienne emploie aujourd’hui une équipe de neuf personnes et fédère un réseau de 203 dessinateurs venant de 67 pays. Sa mission est de promouvoir le dessin de presse comme vecteur de liberté d’expression et de tolérance. Elle organise des rencontres et des actions pédagogiques et apporte un soutien aux dessinateurs menacés dans le monde. Paris continuera à être le cœur de ce réseau, dont Patrick Chappatte reste membre.

Courage et liberté

La fondation genevoise rebaptisée, elle, se concentre sur son prix international, décerné tous les deux ans depuis 2012 avec le concours de la ville de Genève, dont le but est de saluer le courage de dessinateurs qui défendent la liberté d’expression et les droits humains dans des circonstances particulièrement difficiles. L’actualité récente en France, avec le meurtre horrible d’un professeur, remet au premier plan ces préoccupations. La Freedom Cartoonists Foundation est basée au Domaine de Penthes, au sein du Club suisse de la presse. «Il y a un peu de l’esprit de Genève dans cette initiative», dit le dessinateur.

C’est notamment le souvenir des premiers lauréats qui a convaincu le Genevois de continuer à porter le prix. «Nous avions choisi de soutenir quatre dessinateurs iraniens; deux exilés et deux actifs à Téhéran, se rappelle-t-il. L’un d’eux avait déjà fait de la prison. Nous voulions nous assurer que cette distinction ne lui causerait pas de nouveaux problèmes. Quand il nous a assuré que ce soutien l’aidera, nous n’avons plus eu de doute sur l’utilité du prix. Sa remise, des mains de Kofi Annan, a donné une assise aux lauréats. Le nom de Genève assure un retentissement important à l’événement.» La ville maintient d’ailleurs son soutien à la fondation. Pandémie oblige, le prix n’a pas pu être attribué en 2020. Freedom Cartoonists Foundation donne rendez-vous en mai 2021.