le renouveau de Nantes

Patrick Gyger: «Symbole d’une politique culturelle, le Lieu unique veille sur la ville»

Ancienne briqueterie, puis annexe d’une usine de biscuits abandonnée dans les années 70, cet espace fait aujourd’hui la fierté de Nantes. Son directeur évoque l’esprit particulier du lieu

Monumental et insolite, le bâtiment du Lieu Unique a été construit vers le milieu du XIXe sur l’une des îles qui, suite au comblement de la Loire et de son affluent l’Erdre, forment l’actuelle île de Nantes. Ancienne briqueterie, puis annexe de la biscuiterie LU abandonnée dans les années 70, elle se convertit en squat culturel; enfin la ville décide de l’exploiter. Patrick Bouchain, l’architecte qui l’a transformé, et Jean Blaise qui a dirigé le Lieu Unique jusqu’à l’an passé y ont insufflé un état d’esprit qui a contaminé favorablement le quartier et la cité. «Le Lieu Unique est devenu la nouvelle frontière de l’île de Nantes, au propre comme au figuré», observe Patrick Gyger qui, pour sa part, a fait le Voyage à Nantes. L’an passé, à 40 ans, il a lâché les commandes de la Maison d’ailleurs à Yverdon-les-Bains, pour prendre celles du Lieu Unique.

Samedi Culturel: Quelles sont les activités de cette immense maison?

Patrick Gyger: Pour la transformer, Patrick Bouchain, comme à son habitude, a décidé de construire le moins possible et laisser le bâtiment évoluer de plus en plus. Il lui a gardé son caractère industriel, il a inversé son orientation et il l’a préparé à recevoir du théâtre, du cirque, de la danse, des musiques, des arts visuels et culinaires. Cette maison accueille la littérature, la magie, la philosophie, l’architecture. Ici viennent des publics de tous âges et de toutes attentes qui s’additionnent et ne s’excluent pas. Ils y trouvent d’ailleurs une crèche, un bar, un restaurant, un hammam… On y trouve ce qu’il y a de plus contemporain et de moins «culturellement correct». Un lieu de veille sur l’art et sur la ville; un lieu d’expérimentations et d’utopies utiles.

Quelles inflexions donnez-vous au Lieu Unique depuis que vous en avez pris la direction?

Je m’inscris dans la continuité, en mettant un accent plus prononcé sur l’utopie, cette ligne d’horizon qui se dérobe toujours. J’ai ouvert un Atelier des possibles, accompagné de son contraire, l’Observatoire du réel. J’accueille volontiers les arts numériques, étranges, populaires, bruts; ceux qui reviennent au réel par une autre porte. Ma responsabilité est d’élargir encore plus le spectre des activités. De conserver la singularité, la transversalité, l’indépendance de ce lieu. Et aussi de renforcer sa présence dans la vie de ce territoire.

Comment le Lieu Unique participe-t-il au Voyage à Nantes?

Notre contribution, c’est «Playgrounds». Nous avons proposé à plusieurs équipes de jeunes architectes d’imaginer ou de détourner des terrains de jeu. Le public est invité à se lancer dans des compétitions sportives décalées, selon des règles inventées. Le projet se prolonge en ville par trois «Playgrounds outdoor» dans des espaces publics: une montagne à grimpe sur la place Royale, un arbre à basket non loin du carrousel géant et le Banaball, jeu installé sur le toit de l’Ecole d’architecture.

Propos recueillis par L. Co.

www.lelieuunique.fr

Publicité