Sa voix le précède dans les couloirs de l’Opéra de Lausanne. Ferme et sonnante. Lorsqu’il arrive dans la salle de conférences réservée pour l’entretien, Patrick Lapp ne prend pas le temps de s’installer. «Et si on allait plutôt à la salle de répétition, c’est plus sympa, non?» On ne résiste pas à l’élan d’un homme décidé. C’est qu’il faut le suivre, Patrick Lapp.

La parole rapide et les réponses laconiques, le comédien ne s’attarde pas sur d’inutiles commentaires. Il avance vite, l’esprit en alerte. Et le verbe précis. Prononciation à la française ou à l’espagnole de la cité andalouse: «La Belle de Cadix, c’est écrit avec un x. Alors pourquoi le prononcer autrement?» On ne contrarie pas un homme convaincu.

Le comédien, récemment couronné d’un Quartz pour son interprétation de David Miller dans le film La Vanité de Lionel Baier, signe sa première mise en scène lyrique en solitaire. Après la Chauve-Souris portée sur la scène lausannoise en 2005 avec son complice de longue date Jean-Charles Simon, l’intronisation est de taille. Une grande affaire qui n’en est pas une, si on veut bien le croire.

«Bien sûr, se retrouver seul aux commandes, c’est une responsabilité qui n’est plus partagée. Si c’est loupé, la faute m’en reviendra entièrement, et je porte seul les difficultés. Mais du coup, je goûte aussi seul les plaisirs. Et puis, tout est clair dans cette histoire. Les équipes, des décors aux costumes en passant par le son ou les lumières, sont si professionnelles que mon rôle n’est pas si important. Même si j’ai dû beaucoup couper, pour raccourcir la partition d’environ un tiers, et qu’un «auteur qui tient à rester anonyme» a transformé ou ajouté certains passages pour actualiser l’ouvrage, comme c’est la tradition dans les opérettes. En fait, mon travail tient plus de la composition d’un puzzle dont tous les éléments sont déjà très bien définis, que de la relecture d’un grand ouvrage.»

Le Temps: Vous aimeriez donc pouvoir plonger dans le répertoire de l’opéra traditionnel?

Patrick Lapp: Sans hésiter. Si on me le demandait, je rêverais de Puccini ou de Verdi. Traviata ou Butterfly me font sangloter à chaudes larmes. Je n’y résiste pas. A la radio je ne pouvais pas les passer car je n’arrivais pas à me reprendre après.

- Qu’est-ce qui lie l’homme de théâtre que vous êtes à la musique?

- L’émotion qu’elle ajoute aux mots. Prenez n’importe quel texte, il atteint une dimension supérieure avec les notes. Vous imaginez les Parapluies de Cherbourg sans musique? Ça n’irait pas très loin… Et si on prend les livrets de la plupart des opéras, même les plus célèbres, qu’en resterait-il sans la musique qui les porte?

- Comment vivez-vous au quotidien votre relation musicale?

- J’ai toujours adoré la musique et l’opéra. Ça me transporte dans des lieux que j’aime bien, ça me flatte le cerveau. J’ai besoin qu’on me raconte une histoire. La Force du destin par exemple, c’est magnifique: du sang, du sexe et des larmes. J’écoute souvent Carrefour de l’Odéon sur France musique. Pendant les dix ans de l’émission Aqua Concert, j’ai évidemment approfondi mes connaissances en la matière, grâce notamment aux dictionnaires que tous les critiques et spécialistes utilisent. Le temps et l’expérience ont fait le reste.

- Comment est né le projet de la Belle de Cadix?

- Après l’aventure à deux de la Chauve-Souris, Eric Vigié m’a simplement rappelé quelques années plus tard pour me demander si je voulais monter la Belle de Cadix tout seul. Evidemment j’ai dit oui…

- Que raconte l’histoire pour vous?

- Ce qui est écrit. On part de Cannes, on arrive à Cadix et on revient à Cannes. Je n’ai ni besoin ni envie de raconter autre chose que ce qui se passe. Si la production a du succès ce sera grâce aux artistes en jeu. Si c’est un four, ce sera à cause de ma mise en scène. J’assume totalement.

- La forme itinérante de ce projet lyrique, dans le genre du théâtre de tréteaux, vous inspire-t-elle?

- Beaucoup. Aller à a rencontre des publics est quelque chose qui me tient particulièrement à coeur. La mobilité et la légèreté du système constituent d’autre part un défi très stimulant. Même si pratiquement chaque soir, pendant plus de deux mois, il faut se produire sans répétitions préalables et dans des lieux inconnus. C’est une donnée stressante. Mais aussi très excitante.


Route lyrique du 5 mai au 12 juillet. Rens: 021 315 40 20, www.opera-lausanne.ch