Thriller

Patrick Sénécal: «Je fais du roman extrême, et très noir»

Patrick Senécal se raconte, et explique comment il a repris son texte «en québécois» pour le lectorat français

Pour cette conquête du marché français, est-ce vous qui avez choisi de commencer par «Le Vide» ? Pensez-vous que c'est le bon roman pour commencer?

En fait, ce sont les éditions Fleuve noir qui ont choisi «Le Vide», parmi les deux ou trois que mon agent leur a envoyés, et je crois que c’est une bonne idée. Le Vide est de tous mes romans sans doute le plus ambitieux, celui qui a la prétention de présenter un portrait très déprimant non seulement de la société nord-américaine, mais de la société occidentale en général. Même si ce roman se passe au Québec, il représente un « vide » très universel. De plus, c’est un roman-choc, avec plusieurs scènes très dures, et une finale spectaculaire, donc tous de bons éléments pour se faire remarquer. Enfin, c’est un roman qui donne le ton de mon oeuvre: je fais du roman extrême et très noir. Le lecteur est donc prévenu !

Avez-vous beaucoup repris le texte du roman pour l'adapter au lectorat français?

Il a fallu faire quelques ajustements, principalement dans les dialogues. Nous avons enlevé certains patois trop québécois pour mettre des termes plus neutres. J’écris des romans noirs pour fans de thrillers, donc s’il y a trop de mots difficiles à comprendre pour le public français, cela risque d’enlever de l’efficacité au suspense, et ce n’est vraiment pas le but. Ceci dit, on parle de changements mineurs et la saveur québécoise est toujours bien présente. D’ailleurs, toute l’action se passe au Québec. Et si le public français aime «Le Vide», il est possible que nous conservions un peu plus de termes québécois dans une prochaine publication d’un second roman.

On peut s'étonner que les auteurs québécois ne soient pas davantage lus ailleurs en francophonie. Comment l'expliquez-vous ?

Je crois que cela tient beaucoup à un problème de distribution. Les Européens qui aiment mes romans me disent toujours qu’ils sont presque impossibles à trouver en librairie. Pas seulement les miens, mais la plupart des romans québécois en général. Quelque chose cloche avec le système de distribution. Avec «Le Vide», cela va changer, car Fleuve noir est très bien distribué partout. De plus, il faut aussi que certains journalistes ou tribunes littéraires parlent des livres. Avec le nombre incroyable de livres francophones européens qui sortent chaque année, il est difficile pour un auteur québécois d’attirer l’attention des journalistes, surtout si l’auteur en question écrit de la littérature de genre, qui a tendance à être un peu boudée par des médias dits sérieux. Mais je pense que tout cela est en train de changer tranquillement. On croise les doigts.

Publicité