En annonçant à la fin de février dernier l'achat du Théâtre des Roseaux par la ville de Lausanne, Jean-Jacques Schilt, municipal, paraissait satisfait et heureux. Offrir aux amateurs de musiques actuelles une salle de 1000 places, ayant fait ses preuves sur l'arteplage de Neuchâtel, pour la modique somme de 300 000 francs, c'était communiquer une fort bonne nouvelle. La fermeture de la Dolce Vita en 1999 avait suscité frustrations et espérances. Rien ne venait la remplacer, on reprochait à la ville sa passivité, et voici qu'il y répondait par un acte ferme et fort.

Simultanément, Jean-Jacques Schilt ranimait un projet complémentaire destiné à… E la Nave va, association orpheline de la Dolce qui obtenait le club des Arches, aménagé sous le Grand-Pont. Pour 2,6 millions de francs de travaux côté Roseaux et 1,15 million pour les Arches, la scène du rock et des musiques actuelles lausannoise subissait une métamorphose rapide et unanimement saluée.

Cette satisfaction fut de courte durée. «C'est une bonne chose pour Lausanne», affirmait Thierry Wegmüller, responsable du D! Club et du Bleu Lézard dont la cave propose une programmation live, sans cacher son intérêt pour la gestion des Roseaux reconvertis. Aujourd'hui, le même et six de ses collègues préparent une intervention adressée aux autorités pour dire que le projet municipal leur fait ombrage. En vérité, plusieurs des protestataires saisissent cette occasion pour sortir un vieux grief, la taxe sur les divertissements considérée par ces derniers comme une «dîme» insupportable. Au quotidien 24 heures, les patrons de clubs confient même leur intention de recourir à la grève de la taxe, le cas échéant.

Ont-ils tous des intérêts identiques? Tous guerroient contre un impôt détesté mais sans doute Pascal Duffard, directeur du MAD, pionnier en matière de nuits branchées et seul maître à bord ou presque dans la plate-forme du Flon n'apprécie pas de voir surgir deux concurrents très rapprochés: le Théâtre des Roseaux à Sévelin, comme les Arches en bordure du Flon. Le voici donc allié de Thierry Wegmüller qu'il avait évincé du site quelques années plus tôt, en brandissant la concession d'exclusivité sur le site obtenue auprès de la société LO Holding, propriétaire des lieux lorsque ceux-ci sommeillaient.

Il y aura pléthore de salles, s'inquiètent les patrons de clubs, indignés d'apprendre que la Ville prévoit 100 000 francs de subventions annuelles pour les Roseaux. Protestation libérale qui s'ajoute à celle des radicaux lausannois qui fourbissent leurs armes pour septembre lorsque les deux crédits d'ouvrages seront soumis au Conseil communal.