Paul Auster s'est inspiré de Sophie Calle qu'il inspire à son tour

L'artiste française crée une exposition et un coffret de sept livres à partir d'un personnage dont elle est le modèle.

Dans son livre Léviathan, Paul Auster introduit deux petites lignes inhabituelles entre la liste de ses parutions et celle des copyrights: «L'auteur remercie tout spécialement Sophie Calle de l'avoir autorisé à mêler la réalité à la fiction.» La fiction, c'est un personnage qui apparaît à la page 82 et qui disparaît un peu plus tard. «Maria était une artiste, écrit Paul Auster, et pourtant son activité n'avait rien à voir avec la création de ce qu'on appelle en général des œuvres d'art. Certains la disaient photographe, d'autres la qualifiaient de conceptualiste, d'autres encore voyaient en elle un écrivain, mais aucune de ces descriptions ne convenait et, tout bien considéré, je pense qu'il était impossible de la ranger dans une case.»

La réalité, c'est Sophie Calle, qui se livre depuis des années à d'étranges activités dont elle montre les effets dans des expositions, dans des vidéos et dans des livres. Sophie Calle s'est fait engager comme fille d'étage dans un hôtel; et elle a photographié les lits et les objets des habitants dont elle rangeait la chambre. Sophie Calle a demandé à sa mère d'engager un détective privé pour qu'il la suive pendant une journée. Sophie Calle a pris contact avec les personnes figurant dans un carnet d'adresses qu'elle avait trouvé pour qu'elles lui fassent le portrait de son propriétaire. Maria est Sophie Calle, mais c'est une Sophie Calle légèrement décalée, comme si Paul Auster avait bougé l'appareil de la fiction pour que la figure se dédouble à la manière d'une photographie tremblée.

Sous le titre Doubles Jeux, le Centre national de la photographie de Paris présente une exposition où Sophie Calle montre les travaux qui ont inspiré Paul Auster. Elle a aussi demandé à l'écrivain d'inventer pour elle une nouvelle consigne – ce sera: «Embellir la vie à New York».

Dans cette œuvre à quatre mains, quatre yeux et deux imaginaires, l'écheveau de réalités et de fictions, de rituels et de hasards, de règles et de libertés, ne serait qu'un caprice sans magie s'il n'était rendu visible, et lisible, par deux extraordinaires metteurs en forme.

SOPHIE CALLE, «DOUBLES JEUX». Centre national de la photographie. Paris. Tél. 00 33 1 53 76 72 32. Jusqu'au 2 nov.

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