Exposition

Paul Klee, ses amis peintres et la couleur d’une polenta parfaite

A Berne, le Centre Paul-Klee convie quelques bons camarades du peintre suisse à un festin haut en couleur. Parmi les invités: Franz Marc, August Macke, Vassily Kandinsky, Pablo Picasso ou encore le couple Delaunay. Un régal pour les yeux

Ce jour-là, la polenta a été sublime. Vassily Kandinsky n’en avait pas mangé depuis longtemps et les sortilèges culinaires de Lily Klee, la femme de son ami Paul, lui sont apparus un pur chef-d’œuvre. Quand le maître de l’abstraction se régale, le plat devient un «plaisir synthétique», dégageant «une harmonie parfaite» entre la «merveilleuse» couleur jaune, son parfum et son goût. En résulte une expérience ultime pour les sens où le «moelleux profond» de la polenta – «puisqu’il en existe également des choses moelleuses superficiellement», voyons, – s’associe à «des sonorités médianes d’une flûte», comme le décrit Kandinsky dans une lettre de décembre 1925, envoyée à la famille Klee en guise de remerciement.

L’histoire n’a pas retenu si le jaune moelleux au timbre de la flûte a trouvé écho dans l’une des compositions colorées de l’avant-gardiste russe. Ni la recette de la prodigieuse polenta. Ce que l’on sait en revanche, c’est que l’amitié entre Paul Klee et Vassily Kandinsky a nourri leurs œuvres réciproques et a apporté du réconfort à l’un comme à l’autre dans les moments les plus désespérants. En 1937, gravement malade, Klee, qui ne peint alors presque plus, retrouvera une énergie nouvelle et vivra son dernier élan créatif grâce notamment à son ami et ses toiles solaires. Leur relation, humaine et picturale, est l’un des chapitres importants de l’exposition au Centre Paul-Klee de Berne, qui fait dialoguer le peintre suisse et ses amis artistes à travers de rares documents d’archives et une magnifique sélection de tableaux.