Musique

Paul Plexi, la belle envolée

Lauréat l’an dernier du télé-crochet français «Nouvelle Star» mais finalement lâché par Universal, le chanteur fribourgeois publie un beau mini-album qu’il présente ce mercredi dans le cadre des Francomanias de Bulle

Il chante Ne le dis à personne, mais mieux vaut ne pas le prendre au pied de la lettre pour le crier haut et fort: le premier EP six titres de Paul Plexi, Prototype, est formidable. Le chanteur fribourgeois y dévoile une écriture d’une belle finesse et un son très ample. Guère étonnant lorsqu’on connaît son parcours. Bien décidé à forcer son destin, le musicien a déjà une solide expérience derrière lui.

Né à Vuisternens-devant-Romont en 1988, Patrick Rouiller (son vrai nom) découvre enfant, au hasard d’un concert de Noël auquel il prend part avec la chorale villageoise, qu’il possède une voix intéressante. Cette première scène lui met le pied à l’étrier et le pousse à persévérer.

Devenu adulte, alors que son métier de mécanicien sur vélo lui apporte la stabilité, il décide de forcer son destin. En 2014, le voilà qui prend part à la Shure Montreux Jazz Voice Competition, dont il atteint la finale pour finalement remporter le prix du public et participer l’année suivante à la Montreux Jazz Academy, un atelier immersif où les différents finalistes des concours organisés par le festival lémanique sont encadrés par des professionnels.

Fort de cette expérience, il s’inscrit ensuite à la «Nouvelle Star», télé-crochet lancé par M6 et aujourd’hui diffusé par D8, et qui a le mérite d’avoir révélé le talent atypique de Julien Doré, loin du formatage que l’on reproche souvent à ce genre d’émissions.

Noirceur poétique

Paul Plexi, puisque c’est le nom de scène que Patrick s’est choisi, interprète en février 2016, face à un jury composé d’Elodie Frégé, JoeyStarr, André Manoukian et Sinclair, «Les Moulins de mon cœur». La façon dont il s’empare de manière sensible et personnelle de la chanson de Michel Legrand émeut Elodie Frégé aux larmes et lui vaut même un compliment du revêche JoeyStarr.

Le Fribourgeois avait déjà tenté sa chance à la «Nouvelle Star», mais cette fois il finira tout bonnement par remporter la grande finale. A la clé, un contrat chez Universal Music, puissante major qui fera finalement marche arrière à l’écoute des premiers titres proposés par cet artiste qui se réclame plus de la noirceur poétique d’un Alain Bashung que de la variété passe-partout d’un Vianney. Paul Plexi se tourne alors vers le financement participatif… et récolte en quelques semaines 50 000 euros. En attendant de finaliser son album, le voici donc qui propose six premiers titres.

A l’écoute de Prototype, l’ombre de Bashung est là, évidente, dans cette façon de jouer avec les mots, de parfois les laisser en suspension. Comme pour assumer totalement la filiation, le chanteur a confié le mixage de son EP à Mitch Olivier, fidèle compagnon de l’artiste disparu, tandis qu’un de ses paroliers de légende, Jean Fauque, lui a carrément offert un texte.

A partir de là, comme rassuré après la mésaventure Universal, Paul Plexi trace sa route dans un univers pop-rock âpre et mélancolique, tout en clairs-obscurs, qu’on a hâte de le voir explorer plus en profondeur. Réalisé au studio fribourgeois de la Fonderie par le virevoltant Sacha Ruffieux, qui est décidément sur tous les bons coups, Prototype laisse présager le meilleur.


Paul Plexi en concert dans le cadre des Francomanias de Bulle, mercredi 30 août à 19h, place du Marché (entrée libre). Festival du 30 août au 2 septembre, avec notamment Petit Biscuit, Fishbach, Plaza Francia et Rodolphe Burger & Serge Teyssot-Gay.

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