Portrait

Paul Taylor, un «Englishman» à Paris

L’humoriste anglais, révélé par les capsules vidéo «What the Fuck France», se produit pour la première fois au Montreux Comedy Festival

En interview, il préfère passer pour quelqu’un de sincère plutôt que de jouer au clown de service. Il est humoriste, certes, mais pas question de balancer des vannes au kilomètre. Paul Taylor admire la façon dont Jamel Debbouze est en constante représentation, mais lui, il est timide. Lorsqu’il est sur scène, comme lorsqu’il s’adressait à des centaines de personnes en tant que formateur Apple, c’est autre chose. Il est dans un rôle de composition.

Cette timidité que l’on devine instantanément sincère lui pose un autre problème: que faire lorsqu’il débarque dans une soirée où il ne connaît pas grand monde? Aller saluer tous les invités au risque de passer pour un type connu qui se la raconte, ou comme à son habitude rester dans son coin et être considéré comme quelqu’un de hautain? «Je ne suis pas le genre de mec qui veut toujours attirer l’attention sur lui», résume-t-il.

«Un Anglais qui parle très bien français mais ne comprend pas bien la France»

Raté: l’Anglais a d’abord attiré l’attention de Canal +, qui après avoir produit les 34 capsules vidéo de la série What the Fuck France a lancé à la rentrée What’s Up? France, avant de se voir ce week-end invité au Montreux Comedy Festival, où il animera dimanche soir le gala anglophone Trending Comics puis prendra part, le lendemain, au gala de clôture On croit rêver!, orchestré par Rachid Badouri. Un début de carrière fulgurant? Ça en a tout l’air.

L’atout de Paul Taylor: un bilinguisme qui lui permet de parler français sans accent, même si çà et là de menues erreurs trahissent ses origines britanniques, tel ce «choréographie» utilisé pour qualifier la vidéo de La Bise, filmée en une journée avec un ami américain. «L’idée de départ était de mettre en scène un de mes sketchs afin de promouvoir une soirée anglophone. On a publié cette vidéo un 1er janvier, et une semaine plus tard je recevais un coup de fil de Canal +. Ils aimaient bien cette idée d’un Anglais qui parle très bien français mais ne comprend pas bien la France.»

Séjour genevois

Si Paul le British maîtrise si bien la langue de Gad Elmaleh, c’est parce qu’il a grandi de 2 à 4 ans à Genève (son père développait des logiciels informatiques pour les banques) avant de vivre jusqu’à ses 9 ans en France voisine. C’est alors, à la suite du divorce de ses parents, qu’il retrouvera l’Angleterre et Londres. Il étudiera le français à l’université, et y rencontrera sa future femme, Adeline. Une Française. Le couple vit depuis maintenant huit ans à Paris.

Un beau jour, alors qu’il travaillait pour la firme à la pomme, il décide donc de tout plaquer et de tenter sa chance dans l’humour. «On n’avait pas de contraintes financières, et après deux ans passés à monter sur des scènes libres, notamment lors de mes nombreux voyages à l’étranger, je me suis dit que la seule manière de peut-être arriver à quelque chose, c’était de dédier 100% de mon temps à cela. Je pense que si ça n’avait pas marché, j’aurais pu retourner chez Apple. J’ai finalement démissionné en mai 2015, et depuis je me suis mis à jouer quasiment tous les jours en anglais et en français.»

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Des différences culturelles sources d'inspiration

Paul Taylor fait partie de cette génération stand-up qui a grandi en regardant des vidéos d’humoristes anglo-saxons. Son premier spectacle, qu’il tourne depuis un an et demi et qu’il estime toujours en rodage, s’intitule #Franglais. «Il parle français comme un Froggy mais il pense comme un Rosbif», tonne le slogan. De fait, le trentenaire y parle les deux langues et s’amuse des différences culturelles entre son pays d’origine et sa terre d’accueil, tout en évoquant sa vie d’expatrié et son quotidien avec Adeline. L’année passée – de la rentrée 2016 à juin dernier – à mettre en boîte les épisodes de What the Fuck France a pour le moins été intense.

Une vidéo l’occupant durant un mois, de l’idée initiale au montage final, il travaillait sur six épisodes en même temps. «Le rythme était intéressant», sourit-il. Le cinéma français, les boulangeries, les Parisiennes, la gastronomie, l’administration: chaque épisode fonctionne sur un même modèle, une explication en trois points – et à travers un montage ultra-dynamique – de son incompréhension. Le concept de What’s Up? France est plus simple: chaque vidéo revient sur un fait d’actualité et est réalisée de manière plus linéaire. «Je commence à regarder l’actu le vendredi, j’écris entre le dimanche et le lundi et on tourne le mardi. Ce qui me permet de tester des blagues sur scène le lundi soir, et au besoin d’apporter quelques changements à mon texte.»

Ecrire dans l’urgence

Pour écrire, Paul Taylor a besoin d’un échauffement préalable, comme un sportif. Son stretching – mental – consiste à regarder des vidéos de standupers. Impossible pour lui de travailler lorsqu’il est sur la route pour jouer son spectacle. «Mais j’ai appris durant mes études que je n'arrive vraiment à sortir quelque chose que lorsque j’ai la pression. Je rendais toujours mes essais à la dernière minute… Je préfère donc me lever à 6h du matin le lundi et passer quatre heures d’affilée à écrire.»

Son épouse confirme: «Il aime bien se mettre dans sa bulle. Si je peux lui parler? Cela dépend des contraintes de temps et de son état de fatigue. Il est stressé non pas dans le sens où il a peur de ne pas avoir d’idées, mais parce qu’il a vraiment envie de bien faire, car après le succès de What the Fuck? France, les attentes sont hautes. Je pense que ça l’angoisse un peu.»


Profil

1986 Le 11 octobre, naissance à Londres.

2014 Le 4 janvier, première scène à Paris dans le cadre du «New York Comedy Night».

2015 Le 15 mai, dernier jour de travail chez Apple.

2016 Le 1er janvier, diffusion de la vidéo «La Bise», qui attire l’attention de Canal +.

2017 Le 3 juin, mariage avec Adeline. Les 3 et 4 décembre, première participation au Montreux Comedy Festival.

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