L'entrée en chanson de Pauline Croze s'opère par une «Mise à nu». Prologue sans faux-semblant d'un remarquable premier album éponyme, la chanson donne le ton d'un répertoire d'une sensible crudité. Révélation guitare-voix des Transmusicales de Rennes il y a deux hivers et du festival Voix de fête l'an dernier, Pauline Croze grave enfin sur le Laser ses «larmes de verre». Et revient à Genève ce soir, accompagnée d'un trio, pour en déverser les éclats tranchants.

Ecrin sensuel

Sur fond de folk, rock, pop et d'harmonies latines chaloupées, Pauline Croze a choisi de couler son vague à l'âme dans une partition oscillant entre rugosités et douceurs rythmiques. Un parti pris permettant d'envelopper la brutalité des sentiments dans un écrin sensuel: «C'est mon compromis musical. Cette fluidité mélodique atténue mon univers pesant. J'ai toujours cherché ce côté rond, qui roule tout en relançant.» La jeune chanteuse parisienne s'est ressourcée auprès des musiques africaines et méditerranéennes, de la soul, pour obtenir cette souplesse contrastée. Avec la complicité d'Edith Fambuena, ex-moitié des Valentins quittant ici ses rivages pop-rock raffinés habituels (Daho, Bashung, Guidoni), les arrangements des chansons s'ouvrent à des horizons caressants. Où la voix aussi déboussolante que fervente de Pauline Croze se glisse avec caractère.

Féminité racée

Pauline Croze a également aéré ses maux inauguraux en recourant à deux plumes externes, celles de Mickaël Furnon (Mickey 3D) et Doriand. «C'était encore une manière d'amener un peu de légèreté dans l'album, qui aurait peut-être été trop lourd et noir avec mes textes désespérés seulement», précise celle pour qui «écrire et chanter sont un besoin viscéral. Il faut que ça passe par le ventre et le cœur». Autobiographiques le plus souvent, les textes sont tendus sur le fil des sentiments, assaillis par les peurs, désillusions, fêlures amoureuses, trahisons ou les doutes. Autant de paroles intimes qui s'égrènent sur le mode du «je» avec des titres comme «Quand je suis ivre, je suis floue» et «Je ferai sans»: «Je peine à donner un autre angle à mes chansons. Sans ce «je», j'ai l'impression de m'investir moins, d'être moins authentique.» Incapable d'écrire sur le racisme ou la guerre «sous peine de paraître frauduleuse», Pauline Croze réussit pourtant à donner un écho universel à ses introspections féminines racées.

CD: Pauline Croze (Wagram/Disques Office). Pauline Croze en concert ce soir: festival Voix de Fête, Genève, 20 h30. Avec Dominique A et Karine Clercq (Rens.: http://www.voixdefete.ch)