Payot a ouvert hier une librairie en ligne qui affiche ses ambitions (voir ci-dessous) et entend bien faire sa place face au leader américain Amazon. L'enseigne de Suisse romande (détenu à 65% par Hachette Distribution Services du groupe français Lagardère et à 35% par Edipresse) arrive sur la Toile alors que le marché du livre en ligne est en pleine croissance comme le signale le magazine du livre français LivresHebdo. De plus, les Romands sont de gros acheteurs de livres en ligne (5% du marché ici, 3,5% en France). Pascal Vandenberghe, directeur de Payot depuis avril 2005, explique les enjeux de ce lancement, devenu quasi naturel, si ce n'est incontournable, pour les libraires européens.

Le Temps: Il y a encore peu de temps, ouvrir une librairie en ligne semblait déraisonnable pour Payot. Que s'est-il passé?

Pascal Vandenberghe: En réalité nous faisons de la vente sur Internet depuis 2002. Mais notre site était rudimentaire et consacré à 80% à la promotion de l'enseigne. Malgré cela, il nous a permis de réaliser un chiffre d'affaires de 1,6 million de francs et d'occuper 8% du marché en ligne en 2005. Des chiffres encourageants.

- Le marché est là. Mais l'investissement est lourd. Quel est le montant et combien de personnes avez-vous engagé?

- L'investissement correspond à l'ouverture d'une librairie de la taille de celle d'Yverdon ou de Nyon... Créer une base de données et la tenir à jour demeure trop onéreux pour nous. Nous louons la base de données du libraire lyonnais Decitre que nous adaptons. Au-delà d'un e-business manager que nous avons engagé, nous comptons très largement sur les compétences internes pour faire fonctionner le site. Nous avons déjà un pôle d'envoi de livres en service à Lausanne. Et surtout, nous pouvons nous appuyer sur notre réseau de librairies, sur la notoriété de l'enseigne et sur la fidélité de nos clients. Notre lancement n'a rien à voir avec une librairie en ligne qui partirait de zéro.

- Quelles sont vos ambitions?

- 20% du marché en ligne de Suisse romande d'ici 5 à 7 ans.

- On vous sent serein. Après avoir fait très peur, Internet est devenu l'ami des libraires? Le temps où les librairies misaient sur l'accueil des clients, sur le nombre de canapés en somme, est révolu?

- Nous sommes passés de l'idée d'opposition à celle de complémentarité. L'expérience du libraire Pierre Decitre à Lyon est emblématique. Decitre est le seul libraire indépendant français à disposer d'un réseau de huit librairies.. Il a été précurseur en ouvrant un site de vente dès 1999. Au début, il s'imaginait qu'Internet allait prendre le dessus sur les librairies réelles et qu'à terme la librairie en dur était condamnée. Il a rapidement vu que c'était faux et que les deux pôles se complétaient. Cela correspond d'ailleurs exactement à la perception du client. Pour lui, il va de soi que la librairie en dur se prolonge sur le Net et vice versa. Il va de soi aussi qu'il trouve la même qualité de service sur la Toile qu'à la rue du Marché.

-La vente en ligne s'est généralisée pour les livres?

- Complètement. Internet est un canal comme un autre. Au tout début, Amazon vendait principalement des livres de fond. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui!

- Mais les relations restent tendues avec Amazon. En France en tout cas. - En France, Amazon offre les frais de port. Mais pas en Suisse.

- Comment voyez-vous Payot dans dix ans?

- La librairie n'a pas encore eu affaire au téléchargement des contenus comme cela s'est produit pour le disque. Or, c'est ce qui nous attend. Le e-book a mal fini mais l'encre électronique promet beaucoup. Les journaux seront les premiers touchés. Les livres viendront un peu plus tard. Et là, le paysage va s'en retrouver changé.