Paysages suisses et chinois, visions croisées

Echange L’exposition du Manoir de la Ville de Martigny conclut des résidences d’artistes

Qu’est-ce qui fait qu’un paysage est suisse ou chinois? Le pays où se situent les montagnes, les forêts, les cascades? Ou l’identité de celui qui le regarde, l’interprète, le fait un peu sien? C’est le genre de question que l’on se pose en sortant du Manoir de la Ville de Martigny, où dessins, peintures, sculptures et ­vidéos témoignent d’un échange d’artistes qui a eu lieu l’an dernier.

Déjà en 2009, le Manoir avait montré une troublante exposition où trois artistes chinois peignaient d’une manière classique un monde nouveau (lire LT du 15.12.2009). C’est dans la continuité de cet événement qu’un échange a été imaginé entre le Henan Art Museum et le Manoir et, entre deux régions montagneuses, le Henan, dans l’est de la Chine, et le Valais. Au printemps 2013, quatre artistes chinois sont venus en résidence à La Fouly. Trois semaines seulement dans des paysages enneigés. L’été suivant, quatre artistes suisses allaient créer in situ dans les monts Taihang.

Verticalité du paysage

Aujourd’hui, le Manoir expose les œuvres nées de ces séjours, déjà montrées l’automne dernier au ­Henan Art Museum. Dans toute la maison, les pièces des artistes chinois et suisses se mêlent. Les Chinois représentent l’art officiel. Ils sont tous enseignants, voire directeur de musée, appartiennent aux comités des associations d’artistes locales. Ils ont peint le Valais selon leurs traditions. Papiers de riz, rouleau, encre, lavis… On a affaire à une technicité parfaite, qui permet de rendre compte avec finesse d’un sentiment du paysage.

Ainsi, le triptyque de Xie Bing Yi, Impressions on La Fouly, mêle encre et aquarelle sur papier de riz. Encore contrecollées sur un autre ­papier de riz, les trois vues rendent compte avec subtilité de la verti­calité des paysages, de la légèreté neigeuse, des nuées, des éclats des chutes d’eau. Alors que les œuvres de Hua Jianguo sont plus marquées par l’abstraction occidentale, par Miro, entre autres.

Du côté suisse, l’univers aquarellé de Vidya Gastaldon s’est magnifiquement nourri des paysages chinois. Elle a adapté ses formats, souvent plus en longueur, et a peuplé ses vues de gentils dragons.

Alexandre Joly, qui avait déjà r­ésidé deux fois en Chine ces dernières années, a été prolixe et varié. Les étonnants paysages chinois, mais aussi leurs représentations traditionnelles, lui ont inspiré tant une grande sérigraphie en sept couleurs, très épurée et d’une belle douceur, qu’une sorte de maquette kitsch fabriquée avec des résines, des mousses et des paillettes, et ­placée sous cloche comme un trésor ancien. Non sans humour, l’artiste représente toujours les pitons rocheux qui caractérisent les montagnes du Hunan comme des cacahuètes, appelant même sa sérigraphie Sacred peanuts land!

En parallèle, le Musée des sciences de la Terre, Fondation Tissières, à deux pas du Manoir, présente les Pierres de rêve de Wang Fei. L’artiste et lettré chinois, qui vit à Genève, calligraphie de petites pensées, les siennes ou celles de poètes, sur des pierres du Yunnan dont les marbrures évoquent des paysages.

L’Esprit de la montagne. Manoir de la Ville de Martigny. Ma-di 14h 18h, jusqu’au 23 février. www.manoir-martigny.ch