C’est un travail intime que présente François Burland, un travail souvent réalisé à l’aube et qui se développe en marge de l’œuvre «habituelle», si on peut parler d’habitude à propos des formes multiples et changeantes d’une œuvre.

Rapproché de la Neuve Invention, défendu par Michel Thévoz, l’artiste, en l’occurrence, se réfère à des prédécesseurs tels que Victor Hugo ou Léonard de Vinci. C’est évidemment aux lavis du premier que font songer les paysages fantomatiques exposés à Carouge. Tout y est, le clair-obscur, plus obscur que clair, le mystère qui renvoie aux zones d’ombre et aux replis de l’âme, la beauté.

Invitation au voyage

Beauté inhérente à l’harmonie camaïeu, ces formes d’arbres d’un noir profond qui se profilent, tout en nuages, contre le ciel d’argent ou de cuivre, cette palette tantôt bleutée, tantôt sépia, cette invitation au voyage que suggère la frise constituée de l’alignement de formats oblongs, le plus souvent petits, voire très petits. Quelques compositions plus amples (sauvées, raconte François Burland, de la destruction) ne perdent rien à cet élargissement, ni la maîtrise dans le rapport des parties avec le tout, ni la minutie du geste, ni le pouvoir de séduction. Mais il semble que ce soit Léonard de Vinci et sa fameuse Joconde qui aient insufflé à l’artiste le désir de voir se déployer ces panoramas imaginaires. Non le sourire du modèle, mais bien le paysage que tend à masquer sa silhouette tranquille.

Des arbres et des rochers, et ce chemin, ce fameux chemin qui s’éloigne en serpentant vers l’horizon, et qu’on retrouve invariablement dans les œuvres mixtes de François Burland.

Mixtes, parce qu’elles résultent de l’usage de l’aquarelle, pour certaines, de couleurs récupérées, pour d’autres, d’encres et de médiums à l’huile. D’où les traces imprimées dans le gras, et un mystère plus épais que jamais, que renforce encore la nature du support. Soit des pages de cahiers d’école, des cartes postales, des relevés cartographiques, où les mots soigneusement calligraphiés et les lignes tracées à la règle, le liséré rouge de la marge, semblent des éléments destinés à encadrer les envolées ou les simples tentations lyriques du peintre.

Moment d’indécision, de suspension

Matinal, très matinal, puisqu’il reconnaît se lever vers quatre heures, quand la nuit hésite encore à se décharger de son lourd manteau, quand la lumière n’est que lueur, François Burland dépeint ce moment d’indécision de la nature, ou du temps, ou de l’esprit humain: faut-il élargir l’espace entre les paupières, renoncer au rêve, plonger dans le réel?

Entraperçus, parcourus, habités au cours de la nuit, ces paysages oniriques nous ouvrent toujours leurs bras; comme on aimerait revenir en arrière pour s’y promener encore et encore!

François Burland: petites traversées du paysage. Galerie Ligne treize, rue Ancienne 15, Carouge, tél. 022 301 42 30. Me-ve 14-18h30, sa 11-17h. Jusqu’au 29 juin.