Né en 1949, Ulf Lundell est le Bob Dylan suédois. Poète, chansonnier, musicien, compositeur, puis romancier, il s’est fait connaître par un premier disque, « La lune du loup», en 1975, qui l’a rendu immédiatement populaire. Dans la veine de Dylan ou de Bruce Springsteen, il devient une figure centrale du rock suédois. Sa chanson «Les paysages ouverts» (Öppna Landskap), qui sort en 1982, récolte un succès national immédiat. On la fredonne, on connait les paroles par coeur, on la chante lors de fêtes importantes. Des Suédois, un brin provocateurs, lancent le débat: ce tube ne peut-il pas devenir le nouvel hymne national suédois? Si elle a tant de succès c’est que cette chanson est un condensé de «suéditude». Elle capte l’éthos national, en mêlant en quelques instants mélodieux plusieurs topos de l’identité suédoise une ode à la nature, inscrite dans le cosmos, notre matrice existentielle; la quête de solitude dans le vaste espace nordique, mais associée à un besoin de proximité; l’honnêteté, la rectitude comme valeurs morales; l’inscription de nos vies humaines dans une continuité culturelle.

Les paroles de la chanson, traduites (version littérale et non littéraire) par le géographe suisso-suédois Ola Söderström, professeur à l’Université de Neuchâtel:

Paysages ouverts

«Je me sens mieux dans les paysages ouverts / C’est près de la mer que je veux habiter quelques mois par année / Pour que mon âme puisse trouver la paix.

Je me sens mieux dans les paysages ouverts/Où les vents prennent de la vitesse/Où les oiseaux volent dans le ciel et chantent merveilleusement/Où je distille ma propre eau de vie que je parfume avec des baies des bois/Et je la bois avec contentement, en mangeant des harengs et du pain maison

Je me sens mieux dans la paix et dans la liberté/Autant pour mon corps que pour mon âme/ Personne ne m’approche, qui s’enferme ou me vole/ Je me sens mieux quand le jour naît/Et quand les prés se remplissent de lumière /Quand les coqs chantent non loin /Quand il y a de la distance à la maison la plus proche / Mais elle est suffisamment proche pour que dans la nuit calme et silencieuse / Quand je suis assis sous les étoiles /Je peux entendre les rires de la fête

Je me sens mieux où la mer ondule et les mouettes crient/ Quand la plage se couvre de coquillages avec le murmure à l’intérieur /Quand les personnes, claires et simples, peuvent faire ce qu’elles veulent / Quand oui est oui, et non est non / Et qu’il n’y a plus d’hésitation/ Alors je fais une couronne de feuillage /Je la dépose autour de la pierre la plus proche / Où les inscriptions des Vikings ont été faites à notre intention, il y a très longtemps

Je me sens mieux près des paysages ouverts/ C’est vers la mer que je veux habiter.»

Ecouter la chanson:

http://www.youtube.com/watch?v=uuOUev9EgI8