Les paysages jouent un rôle considérable dans l’œuvre de Vincent van Gogh. Et comme l’artiste néerlandais a effectué plusieurs migrations et qu’à chaque fois le contexte de ses séjours l’a profondément influencé, les paysages sont d’excellents indicateurs pour apprécier l’évolution de son art. Ce fil conducteur permet au Kunstmuseum de Bâle de proposer un parcours, étape par étape, éclairant quant à la manière dont Van Gogh perfectionne son langage artistique et à la façon dont il ouvre la voie à une vision radicalement nouvelle en peinture. L’accrochage est simple, aéré, limpide. Il suit la chronologie. Et enchaîne donc les cinq séjours essentiels pour Vincent van Gogh: Nuenen, Paris, Arles, Saint-Rémy, Auvers.

Nuenen (décembre 1883 - novembre 1885) est une localité du Brabant-Septentrional dans le sud des Pays-Bas, où Vincent (30 ans) a suivi ses parents après avoir échoué à embrasser la carrière de marchand d’art puis celle de prédicateur. A Paris (mars 1886 - février 1888), il rejoint son frère ­cadet Théo, établi comme marchand d’art et qui lui fait rencontrer les peintres du mouvement impressionniste. Arles (février 1888 - mai 1889) correspond à une décision coup de tête qui le poussait à gagner des cieux plus lumineux et une nature plus franche. Saint-Rémy (mai 1889 - mai 1890) est la conséquence d’Arles, où Vincent rêvait de fonder une communauté d’artistes. Seul Paul Gauguin le rejoint. Mais Vincent se dispute avec lui et, désespéré, se punit en se tranchant un lobe d’oreille. Puis demande à être interné à la maison de santé de Saint-Paul-de-Mausole à Saint-Rémy. Auvers-sur-Oise (mai-juillet 1890), au nord de Paris, est le lieu du drame final, Vincent s’étant blessé mortellement d’une balle après une nouvelle crise d’angoisses. Pourtant le séjour auprès du Dr Gachet, spécialiste des maladies nerveuses et ami des artistes et que Théo lui avait recommandé, avait débuté sous les meilleurs auspices.

Ce qui vient d’être décrit ne recouvre jamais que des événements de vie. Mais ces changements ont été les moteurs de la création. Et reflet de cela, à chaque étape, le spectateur constate lisiblement que quelque chose s’est produit. Alors même que la période concernée est brève. Vincent meurt à 37 ans. A Nuenen, à peine huit ans auparavant, il se tâtait encore. Pendant le court laps de temps de sa vie d’artiste, il créera tout de même plus de 850 peintures; 70 paysages sont présentés ici.

A Nuenen, sa palette est imprégnée de tons terreux, de bistre et de bitume (Le Bateau à tourbe, octobre 1883). Et il peint le Travail des champs (avril 1885). Comme pour continuer à témoigner du labeur et de la précarité des gens de la campagne, alors qu’il a échoué à leur apporter son soutien dans sa mission de prédicateur. Pourtant le clocher du village reste un emblème obsédant, visible de loin à la ronde (Le Jardin du presbytère, février 1885). Et même les colorations des Champs de fleurs en Hollande (avril 1883) sont mises sous l’éteignoir. Alors qu’à Paris c’est La Fête du 14 juillet (été 1886), célébrée en éclats de couleurs tonitruants, dans une petite toile sortie d’une collection privée.

Ses tonalités, à Paris, s’adoucissent toutefois dans des visions impressionnistes à la Claude Monet (Vue de Paris, prise de Montmartre, printemps 1886), s’éclaircissent même jusqu’à la pâleur d’un Jour ensoleillé (été 1887) ou d’une Allée longeant le fleuve près d’Asnières (printemps 1887). S’acclimatent aussi à une nature plus civilisée, celle des parcs urbains, sans ignorer Les Usines (été 1887), décors de la vie moderne. Fin de la première partie. Rebroussement par l’autre travée de salles du deuxième. Et parcours de retour sur lequel le spectateur informé de manière très synthétique quant à son déroulement, en trois langues, allemand, français, anglais.

Et immédiatement Le Champ de blé, Soir d’été, Entrée de ferme, Moissons en Provence, toutes scènes peintes en juin 1888, montrent au visiteur les changements qu’est venu chercher Vincent en Arles. Et qu’il trouve: une communion plus franche avec une nature moins policée, où l’être peut s’immerger et se laisser submerger par des colorations intenses, expressives, vitales. Poussé à se mettre à l’unisson, Vincent van Gogh adopte une rythmique accentuée, plus souple, servie par une touche nerveuse, allongée et appuyée du pinceau. Et surtout, se retrouvant affronté à des paysages généreux de formes et d’imbrications, oliveraies, vignes, jardins, il est incité à trouver des solutions graphiques, de plans et diagonales, qui collent à son désir d’embarquer les éléments et les êtres dans le même mouvement.

Enclos de jardin (juillet 1888) est un petit bijou de combinaison complexe, savante, de chemin de traverse, surfaces en biais, arborescences, pan de mur dressé et lignes verticales de cyprès. Et L’Entrée du jardin public d’Arles (octobre 1888) aspire littéralement le spectateur dans la scène. Mais c’est à Saint-Rémy que les œuvres atteignent leur tension et leur réussite maximales. Toutes les composantes du paysage sont animées d’une sorte de puissante dynamique intérieure, quasi mystique, enivrante, euphorique. A l’étage du dessous, au musée, une autre exposition Paysages des contemporains de Van Gogh – Œuvres de la collection du Kunstmuseum Basel montre de quelle force il les a surpassés. Mais à Auvers, sa dernière étape, les tons vont se refroidir terriblement.

Vincent van Gogh – Entre terre et ciel: les paysages. Kunstmuseum Basel (St. Alban-Graben 16, Bâle,tél. +41 (0) 61 206 62 62, www.kunstmuseumbasel.ch). Ma-di 9-19 h. Du 26 avril au 27 septembre. Infos spécifiques sur www.vangogh.ch