On ne verra plus Pedro Kranz dans les salles de concert. Le codirecteur de l’agence Caecilia est décédé dans la nuit de jeudi d’un cancer qui avait récidivé. Le vide qu’il laisse est remarquable car rares étaient les soirées musicales où il n’allait pas. Il se rendait bien sûr aux rendez-vous de son agence, mais aussi à tous ceux qui l’intéressaient. Et ils étaient nombreux.

Créée en 1958 par Louise-Antoinette Lombard, l’entreprise de concerts et d’artistes qu’il avait rejointe en 1964 avant d’en reprendre la direction au décès de la fondatrice en 2008, est devenue une référence. Tous les plus grands musiciens, orchestres ou ensembles prestigieux se produisent aux fameuses séries des Grands Interprètes du Victoria Hall et de musique de chambre du Conservatoire.

Métier à l'ancienne

On se souviendra d’un être discret, qui pratiquait son métier à l’ancienne, avec un sens aigu des besoins et des attentes de ses musiciens. Sa connaissance du milieu classique était immense, comme son attachement aux «poulains» de son écurie, qu’il protégeait comme les membres d’une famille. 

Son associé pendant huit ans, Steve Roger, garde en mémoire des années fructueuses de collaboration et une personnalité marquante. «Je suis très attristé par sa disparition car je connaissais Pedro Kranz depuis de nombreuses années, et nous avions développé une grande amitié. Ce n’était pas un lien filial, mais quasi familial. Il était un peu comme un oncle pour moi. Il m’a profondément marqué par tout ce qu’il m’a appris et transmis. Malgré des caractères très différents, nous étions complices, toujours sur la même longueur d’onde, et avions une vision similaire du métier et des artistes», avoue l’actuel directeur général de l’OSR.

Au Brésil en bateau

Pudique et amical lorsqu’il donnait sa confiance, Pedro Kranz menait sa barque fermement. Professionnel, exigeant, l’homme se révélait très attentif à ses protégés. «Sa connaissance musicale était incroyable, surtout dans le répertoire de chambre, révèle Steve Roger. Il était imbattable. La passion de son métier l’habitait et il travaillait d’une façon qu’on ne conçoit plus de nos jours. Quand on sait qu’enfant, il allait au Brésil en bateau pour passer des vacances en famille, on saisit à quel point c’était une autre époque, où le temps n’avait pas la même signification.» 

Né en République tchèque avant de partir au Brésil tout petit, Pedro Kranz vint faire ses études vers 16 ans à l’école de Paudex. Parti ensuite aux Etats-Unis et en Espagne notamment, il arriva à Genève où Louise-Antoinette Lombard l’avait appelé. Fidèle et constant, Pedro Kranz ne quittera plus la maison, faisant preuve d’un grand professionnalisme. Avec lui disparaît une certaine école de travail et de vie. Arrivé il y a quelques mois à l’agence Caecilia, son successeur Thomas Jung, avec qui il collabora aussi de longues années, s’en inspirera certainement.