Au moment où plusieurs expositions s'intéressent aux peintres ayant gravité autour de l'Ecole de Savièse aux environs de 1900, l'hommage à Raphael Ritz (1829-1894) qui s'ouvre à Viège inscrit l'œuvre de l'aîné contre le folklorisme de cette école qui s'est réclamée de son exemple. Les commissaires de l'exposition, riche de 120 peintures pour beaucoup issues de collections privées, Anton Nanzer et Pascal Ruedin, le conservateur du Musée cantonal des beaux-arts de Sion, ont tenu à rendre à Raphael Ritz son importance nationale et européenne dans le contexte de la peinture de genre de la deuxième moitié du siècle passé.

Autre originalité de la présentation qui se tient dans le Centre culturel La Poste: son organisation non point chronologique mais thématique ou générique. Sont réunis les peintures religieuses (mais toutes les compositions, même les scènes de genre ou de travail, ont une portée religieuse), les paysages (dont la qualité lyrique et dramatique, dans la ligne de Caspar Wolf, élève chaque image au-dessus du trivial ou du régional), la peinture d'histoire, le «réalisme moderne» – sans oublier le petit cabinet chargé, à la manière des cabinets de curiosités, de nombreux petits tableaux plus spontanés et autres esquisses, dont cette simple Fenêtre à Kleinbremen datée de 1856.

Si le premier coup d'œil sur cette peinture assez sombre, encore qu'illuminée d'effets atmosphériques, animée de maints détails, pourra décourager les amateurs de la peinture claire ultérieure, un regard approfondi révélera un art consommé, où les dernières lueurs du romantisme, l'esthétique nazaréenne et les constructions néo-classiques ne gênent aucunement une touche libre et la tonalité grave d'une voix parfois moralisante ou sentimentale. L'exposition fait ressortir le va-et-vient entre les ambitions cosmopolites du peintre, actif à Düsseldorf, et sa nostalgie vivace de son canton natal, où il revient périodiquement, avant de s'y réinstaller en 1875. Les sujets, même lorsqu'ils sont interprétés dans l'atelier allemand, restent les paysans valaisans, les montagnes valaisannes, les intérieurs de modestes habitations ou d'églises valaisannes.

Toutefois, cette inscription locale évite la focalisation ethnographique qui sera celle des membres de l'Ecole de Savièse; bien au contraire: Raphael Ritz étudie et oppose les types, la jeunesse et la vieillesse par exemple, dans Les deux âges (1873); il se sert des particularités alpines pour donner à sa peinture, soumise aux lois de la concurrence, un caractère unique et bien reconnaissable: «Le genre de l'idylle paysagiste suisse a ma préférence», écrit-il. Ce qui est mis en scène, c'est l'aspect vulnérable de la vie humaine, que le peintre, mélancolique, nous montre environnée de dangers tels que précipices, maladies et découragement. La religion, à travers les processions, les pèlerinages et autres sermons, sert de garde-fou, de même que la fidélité scientifique aux réalités botaniques ou aux faits historiques rassure le spectateur. C'est ainsi qu'une Madonne (1877), dont la douceur baroque rappelle Murillo, pose devant un décor de cimes enneigées, de massifs de rhododendrons et de touffes d'edelweiss.

Raphael Ritz (1829-1894). Centre culturel La Poste (Viège, tél. 027/ 948 33 11). Tous les jours de 11h à 18h (vendredi jusqu'à 21h). Jusqu'au 26 septembre.