Peintre de la couleur radieuse et de l'ampleur, Olivier Debré est mort mardi soir à Paris à l'âge de 79 ans. Il était le frère de l'ancien premier ministre français Michel Debré. C'est d'abord vers l'architecture qu'Olivier Debré se tourne. Il deviendra même l'élève de Le Corbusier en 1939. Mais la rencontre de Picasso dans une galerie, lors de l'occupation allemande, va l'ancrer définitivement dans la peinture. Il faut dire qu'il peignait depuis l'enfance et qu'il avait déjà exposé en galerie au début de la guerre.

Sa première manière se caractérise par une peinture extrêmement maçonnée, étalée au couteau et qui fait encore de lointaines références à la réalité. Car, d'emblée, Debré est de la famille des abstraits, dans la veine de Nicolas de Staël et d'André Lanskoy. Mais il reste attaché à l'humain et à ses territoires, qu'il veut immenses. Dans les années 50-60, il peint essentiellement des «signes-personnages». On pense ici à Fautrier et sa série des Otages. Puis il évolue vers une plus grande fluidité.

Olivier Debré travaille souvent sur les bords de la Loire, près de sa maison familiale de la région de Tours. Un paysage qui déteint sur ses compositions. Ses «signes-paysages» frisent le monochrome, reflètent le gris du fleuve avec ses reflets d'ardoise s'éclaircissant parfois jusqu'aux ocres et aux roses, juste marqués par quelques accidents comme des pierres au milieu du courant. Ses nombreux voyages l'amènent à faire résonner davantage les couleurs. C'est un sensuel, qui a besoin de sensations pour s'exprimer.

Il y avait de l'onctueux dans ses toiles, il va y mettre de la volupté en se montrant particulièrement à l'aise avec les formats monumentaux et des couleurs plus chaudes, des jaunes, des rouges coquelicot, des nappes déchirées de fulgurances bleues. Une nouvelle envergure qui plaît aux Etats-Unis. Et qui séduit aussi en France. L'Etat lui passe plusieurs commandes, pour l'Exposition internationale de Montréal, pour celle d'Osaka, pour l'ambassade de France de Washington, pour le rideau de scène de la Comédie-Française (1987). Il créera encore celui de l'Opéra de Hongkong (1989) et celui de l'Opéra de Shanghai (1998).

Il laisse aussi des travaux au fusain, plus intimes, plus tragiques, marqués par une volonté d'émerger qui lui fut longtemps disputée. Mais il meurt commandeur des Arts et Lettres, chevalier de la Légion d'honneur et académicien.