En fait de vie sauvage, thème de l’exposition Regards croisés, Orient-Occident, au Château de Saint-Maurice en Valais, les peintures, dessins, gravures et photographies qui alternent sur les parois livrent un regard sur une nature paisible et mystérieuse. Outre les auteurs d’estampes japonaises que furent Hiroshige et Hokusai, le musée accueille des plasticiens contemporains d’ici et d’ailleurs: le photographe Martin Eisenhawer et ses grandes images captées au Japon, Wang Fei et ses photographies d’une Chine embrumée, Eric Alibert et ses nombreuses variations picturales sur l’animal et le paysage, Chen Wenli et ses oiseaux en boule au haut de branches fragiles, Jean Margelisch et ses images de forêt enchantée, Kojiro Matsubayashi et les gravures tout en finesse qui retracent les lignes du paysage d’Appenzell…

Absence de l’homme

Hormis sur certaines photographies de Wang Fei, où des silhouettes apparaissent, accoudées à une balustrade devant le vide, la figure humaine se voit exclue – même de l’estampe de Hokusai qui montre la fameuse vague: la dérisoire embarcation malmenée par les flots est ici absente. L’homme est celui qui tient la plume ou le pinceau, ou l’appareil photographique. Il est derrière l’image, ou devant, en tant que spectateur. Il n’est pas à l’intérieur. Car l’intérieur est occupé – par des oiseaux, grues chapeautées de rouge, cygnes chanteurs, tétras ou passereaux. Par des roches et des cimes aussi, dans les aquarelles sensibles et délicates réalisées par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, où l’on voit des glaciers aujourd’hui disparus, ou sensiblement diminués, une nature fragilisée.

Eric Alibert, ses compositions de formats divers, dans des techniques également changeantes, se taille la part du lion. Meilleur sans doute lorsqu’il s’appuie le plus sur le spectacle de la nature, et se contente d’une discrète influence orientale. L’oiseau en vol trace une ligne dans le ciel, le troupeau de chamois hante encore le paysage après son bref passage, l’horizon nocturne se profile devant un ciel en or (doré à la feuille): «Le protocole est toujours le même, note l’artiste, Français habitant Genève. Je m’installe avec les derniers rayons du soleil et je peins une série d’aquarelles ou d’huiles jusqu’à la tombée de la nuit. Comment voir un monde qui disparaît?»

Cette question pourrait servir d’exergue à l’entier de l’exposition. Les photographies noir-blanc de Wang Fei semblent la traduction moderne de la peinture chinoise, constituée d’éléments tels que des lambeaux de rochers, des branches de pin, une nappe opaque gorgée d’humidité et de nuit. Quant aux visions éphémères fixées par Martin Eisenhawer au Japon, à grand renfort de patience, l’envol d’un cygne sous la courbe d’un arbre dont il reprend le mouvement, la beauté inouïe des grues sur le lac enneigé, elles semblent se situer à la lisière de l’invisible.

Regards croisés, Orient-Occident, Château de Saint-Maurice ,024 485 24 58. Ma-di 13-18h. Jusqu’au 4 novembre.