Exposition

La peinture chaude de Théodore Strawinsky

Le Musée de Carouge rend hommage au peintre disparu il y a plus de 25 ans et fils du grand compositeur. Une œuvre caractérisée par un style classique et expressif

Théodore Strawinsky, la symphonie picturale

Exposition Le Musée de Carouge rend hommage au peintre disparu il y a plusde 25 ans et fils du grand compositeur

Une œuvre caractérisée par un style classique et expressif

Enfant prodige, si l’on en croit les dessins et la grande peinture d’une bataille navale très animée, réalisés lorsqu’il avait sept ans, puis la vision de la première de L’Histoire du soldat, exécutée de mémoire, de retour à la maison, à l’âge de 11 ans (en 1918), Théodore Strawinsky a créé une œuvre certes classique, néanmoins puissante et de toute beauté. Le Musée de Carouge, qui rend hommage au peintre disparu voici un quart de siècle, propose de parcourir cette œuvre à la fois selon la chronologie et suivant les thèmes abordés. Soit les portraits des proches et les portraits de commande, les scènes de cirque et les décors et costumes de théâtre, le paysage et la nature morte, et les réalisations monumentales, notamment les contributions au renouveau de l’art religieux dans la seconde moitié du XXe siècle.

Théodore, on le sait, était le fils du compositeur Igor Stravinski, il a ainsi baigné dans une atmosphère artistique particulièrement fertile, côtoyant dès l’enfance des figures telles que Picasso, Braque et Derain, ou encore Cocteau et Ramuz, puis René Auberjonois. Né en 1907 à Saint-Pétersbourg, il a suivi sa famille dans ses nombreux déplacements, dus aux circonstances historiques et à la carrière du père. C’est ainsi qu’il a vécu en Suisse durant la Première Guerre mondiale, dans le Midi de la France, puis en Isère et à Paris. La Seconde Guerre ramènera le jeune peintre et son épouse, la relieuse d’art genevoise Denise Guerzoni, en Suisse.

Il est assez frappant de constater l’évolution du style (hormis les dessins d’enfant, déjà très vivants et dynamiques, et qui attestent d’un sens inné de la couleur), des premières scènes et portraits des parents, dans une manière lisse, un peu figée, aux compositions ultérieures, marquées au coin du cubisme, où les déformations expressives et le renforcement des tonalités suscitent un langage original. Dans les scènes de saltimbanques, par exemple ce tableau ravissant où le regard est attiré par un poney blanc, la joliesse, à la manière de Marie Laurencin, trouve dans cette aura de mystère propre à l’alliage de réalisme et de magie une manière d’échapper au conventionnel. Dans Le Cirque (environ 1945-1950), la silhouette massive de l’éléphant forme un mur à l’arrière, sur lequel se détache notamment le personnage du clown à la guitare, tandis que d’autres animaux guignent entre les jambes de la petite écuyère.

Le peintre donne également sa mesure dans son interprétation du paysage, par plans successifs, dans une atmosphère dense, caractérisée par la présence de nuages qui alourdissent le ciel.

Théodore Strawinsky a illustré des ouvrages de Ramuz, contribué à «l’illusion théâtrale» de Noces ou de Petrouchka, œuvres de son père, de Sodome et Gomorrhe de Giraudoux, d’Oedipus rex d’Igor Stravinski et Jean Cocteau. Converti au catholicisme, et proche du cardinal Journet, il a enfin réalisé des fresques et des vitraux pour des églises à Genève, à Fribourg, en Haute-Savoie et ailleurs. Apatride depuis la révolution russe, Théodore Strawinsky avait obtenu la nationalité suisse. C’est donc un peintre suisse qui est mort à Genève en 1989, et qui est inhumé dans un cimetière russe près de Paris.

Créée en 1991 par Denise Stravinski, la Fondation Théodore Strawinsky, outre les expositions qu’elle organise, et l’édition d’un catalogue raisonné, décerne annuellement un prix réservé à un jeune peintre diplômé de la HEAD. Ont notamment reçu ce prix, d’un montant de 10 000 francs, Philippe Fretz, Jérôme Stettler, Ariane Monod, Yves Berger, Frédéric Bott, Marius Margot.

Théodore Strawinsky (1907-1989). Musée de Carouge. Place de Sardaigne 2, tél. 022 342 33 83. Ma-di 14-18h. Jusqu’au 22 mars.

Il a réalisé des fresques et des vitraux pour des églises, notammentà Genève, à Fribourget en Haute-Savoie

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