Aux peintres néoexpressionnistes installés sur le devant de la scène allemande dans les années 80, a succédé une génération beaucoup moins frénétique. Aux tableaux échevelés des aînés, répliquent maintenant des compositions plus étudiées. S'oppose à leurs explosions colorées une gamme nettement plus tempérée. Sans que soit délaissé le jeu des stridences et des décalages. Simplement, celui-ci se produit dans d'autres registres. Ce que corrobore parfaitement les œuvres de Leif Trenkler (né à Wiesbaden en 1960), exposées pour la première fois en Suisse romande, à la Galerie François Rivier, qui vient de s'ouvrir à Vevey.

C'est la fraîcheur presque naïve avec laquelle Trenkler approche le sujet humain, qui frappe dans ses huiles sur bois et ses gouaches. Alors que les images actuelles – télévision, magazines – ne cachent rien et percutent la vie de plein fouet, lui l'aborde par la traverse. En se fixant sur le grain de peau d'une épaule, sur une bouche carminée, le bord d'un pull, une envolée de mèches cachant un visage. Sans vraiment de gros plan mais par des effets de cadrage. Où les rares regards croisés vous emmènent ailleurs, vous entraînent dans vos propres divagations.

Acidulées et électriques, les couleurs ajoutent à cette sorte d'irréalité. Et si tout semble paisible, ces tableaux laissent filtrer un certain malaise. Celui de notre société actuelle. Dans laquelle les gens ont le sentiment de ne plus avoir prise sur rien. Malaise si étrange, qu'il conjugue parfaitement ses contradictions en mariant désillusions et chaleur humaine. En émanent les angoisses d'un monde entre deux siècles, traitées par une peinture entre deux eaux.

Leif Trenkler. Galerie François Rivier (rue du Panorama 14, Vevey, tél. 021/923 61 23). Ma-ve 13-19 h, sa 11-18 h. Jusqu'au 25 avril.