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Le fameux collage Pittsburgh Memory, réalisé en 1964 par le peintre Romare Bearden.
© Romare Bearden Foundation/DACS, London/VAGA, New York 2017

Exposition

La peinture au service du Black Power

A la Tate Modern, l’exposition «Soul of a Nation» retrace vingt ans d’activisme noir aux Etats-Unis

Retour en 1963. Le mouvement pour les droits civiques s’intensifie en Amérique, poussant la communauté afro-américaine à repenser son identité, sa solidarité et sa capacité d’autonomie. Alors que musiciens (James Brown, etc.) ou sportifs (Muhammad Ali, etc.) soutiennent une vague politique d’une ampleur inédite, plasticiens, photographes ou sculpteurs noirs traduisent à leur tour les bouleversements en cours. Une aventure largement ignorée de laquelle est issue le Black Art, et que restitue la Tate Modern en 150 œuvres.

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Le Black Art, c’est quoi? Pour le peintre Romare Bearden, auteur du troublant collage Pittsburgh Memory (1964) montré à Londres: rien d’autre «que ce que produisent les artistes noirs». Des créateurs grandis du mauvais côté de la barrière raciale et aux prises avec une redéfinition de la place occupée par leur communauté aux Etats-Unis. Hier traités en citoyens de seconde zone, l’entrée dans les seventies voit les Afro-américains enfin émancipés.

Superman… superflu

Une victoire arrachée de haute lutte, puis contestée à nouveau durant les années Reagan, et que des artistes commentent ou documentent. Leur voix épousant, ou bien parfois s’opposant, aux discours des leaders emblématiques Martin Luther King ou Malcolm X, quand ils ne sacralisent pas des figures parmi les plus cinglantes du Black Power: la militante Angela Davis ou le membre des Black Panthers Bobby Seale.

L’image de ce dernier peint en 1969 par Barkley Hendricks donne d’ailleurs le ton de l’exposition: l’activiste apparaît bras croisés, afro triomphante, hanches nues et arborant un t-shirt Superman. Sous-titrée Superman Never Saved any Black People (Superman n’a jamais sauvé un Noir), la toile induit que c’est aux Afro-Américains alors de prendre leur destin en main. Mais par quels moyens?

«Nous survivrons»

Au gré des deux décennies que couvre l’exposition, oscillant entre styles figuratifs ou abstraits, les réponses apportées par les artistes présentées divergent significativement. De même que la conception de Black Art, soumise à diverses interprétations: Frank Bowling défendant une peinture ignorant tout commentaire politique, quand le collectif de Chicago AfriCobra associe nécessairement création et combat.

Faisant sienne la maxime du Black Panther Party selon laquelle «le ghetto est une galerie», l’exposition dévoile également une sélection formidable de fresques murales (somptueux Smokehouse de Harlem) ou de posters colorés. Parmi les plus marquants, un photomontage signé Emory Douglas: We Shall Survive. Without a Doubt (Nous survivrons. Sans aucun doute, 1971).

Plus étourdissant encore, le soin qu’apporte Soul of a Nation à rappeler combien le mouvement pour les droits civiques a également engendré la naissance d’un féminisme noir, offrant à découvrir des œuvres rares de Betye Saar ou Emma Amos. On garde en mémoire une œuvre de cette dernière: Eva the Babysitter (1973), portrait en pied d’une jeune femme noire radieuse, émancipée, et comme insensible aux chaos joués au creux d’une société déchirée.


«Soul of a Nation – Art in the Age of Black Power», Tate Modern, Londres, jusqu’au 22 octobre.

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