Eclat des coloris roses, orangés, bleus et jaunes, grâce des visages de l’archange Gabriel et de la Vierge Marie, et touchante humilité de ces figures bibliques légèrement inclinées l’une vers l’autre, les bras croisés en signe d’abandon à la Providence. L’Annonciation de Fra Angelico (1395-1455), conservée au Prado, est l’un des chefs-d’œuvre de l’exposition estivale du musée.

L’œuvre, magistralement restaurée afin de lui redonner ses couleurs originelles brillantes et transparentes, est baignée d’une lumière surnaturelle: un puissant rai doré, figurant le Saint-Esprit et dirigé par les mains de Dieu, traverse la toile en direction du visage de la Vierge. Dans la partie supérieure gauche du tableau, Adam et Eve, chassés du paradis par un ange vêtu de rose, ont l’air contrit. La première femme de la Bible lance un regard furtif en direction de la Vierge, la Nouvelle Eve, qui, par l’Incarnation, va racheter le péché originel.

Sobrement mise en scène sur d’élégantes cimaises gris anthracite, l’exposition du Prado réunit 82 œuvres prêtées par de grands musées américains, dont le Met (New York), la National Gallery of Art (Washington), et européens comme la National Gallery (Londres), l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Louvre (Paris) et l’Albertina (Vienne).

Architecture moderne

L’objectif du commissaire de l’exposition, Carl Brendon Strehlke, conservateur émérite au Musée des beaux-arts de Philadelphie et fin connaisseur de la période? Témoigner de l’importance dans l’histoire de l’art de la première Renaissance florentine, celle des années 1420 à 1430. Mais aussi et surtout montrer que Fra Angelico, contrairement à ce qui avait pu être écrit auparavant, s’inscrit pleinement dans l’effervescence artistique de son époque et que son œuvre jouit d’une aura et d’une stature équivalentes à celles de Masaccio, Uccello, Filippo Lippi, Donatello, Ghiberti et Brunelleschi, ces grands maîtres de la Renaissance qui ont profondément renouvelé l’art de la peinture, de la sculpture et de l’architecture, et dont il connaissait intimement le travail.

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En témoigne – de nouveau — l’Annonciation conservée au Prado, pièce maîtresse de l’exposition, peinte entre 1420 et 1430 pour le couvent toscan de San Domenico de Fiesole. Cette œuvre est l’une des premières de la Renaissance à abandonner les fonds d’or, l’une des premières à se servir de la construction perspective et à employer un vocabulaire architectural moderne. Le format rectangulaire du tableau d’autel ne garde plus aucune trace de compartimentage. L’architecture de la demeure de la Vierge trahit, elle, l’influence des travaux de Filippo Brunelleschi, rompant la tradition pour retourner aux sources gréco-romaines.

Transmettre la foi par la peinture

Guido di Pietro, nom de baptême de Fra Angelico, naît en 1395 près du château de Vicchio, dans le Mugello, une vallée située à une trentaine de kilomètres de Florence. En 1417, il entre au couvent San Domenico de Fiesole appartenant à l’ordre des dominicains où il est rebaptisé Fra Giovanni (Frère Jean). Il fonde son propre atelier en 1420 avant d’être ordonné prêtre en 1427. A son arrivée à Florence, il commence par réaliser des miniatures pour un atelier d’enluminure avant de se mettre à peindre un grand nombre de retables d’églises et de fresques pour des couvents qui assurent sa renommée. Ce n’est que peu après sa mort que le prêtre artiste, béatifié en 1982 par le pape Jean-Paul II, sera surnommé Fra Angelico.

Giorgio Vasari, son biographe, décrit un homme infiniment pieux qui n’aurait jamais commencé une peinture sans prier au préalable. L’artiste disait représenter les anges et les saints tels qu’il les voyait en vivant parmi eux. Il crée avant tout pour transmettre la foi par la peinture, en s’efforçant d’exprimer l’intensité des émotions religieuses.

Avant Michel-Ange

En 1408-1410, Fra Angelico entre dans l’atelier de Lorenzo Monaco (1370-1424) dont il devient le disciple. La première salle de l’exposition, campant les débuts du peintre, montre que ses premières œuvres demeurent fidèles à l’atmosphère gothique, à la douceur du pinceau et à l’art chromatique de son maître, marqué par des couleurs claires et fines. Son grand tableau, Histoires des Pères du désert (1419-1420), illustrant la vie des premiers moines et ermites chrétiens retirés dans le désert d’Egypte, témoigne, lui, de l’influence de certains de ses contemporains dont Mariotto di Nardo et Grifo di Tancredi.

A la fin des années 1430, Fra Angelico s’installe à Florence pour travailler à la décoration du couvent dominicain San Marco restauré sous l’impulsion et avec le financement de Cosme de Médicis (1389-1464). Là, il crée, dans un style beaucoup plus simple, des figures sobres, dépouillées des accessoires symboliques du gothique international. En témoigne notamment l’Annonciation de la cellule 3 du couvent San Marco (1438-1440), baignée d’une lumière blanche. Conservée au musée de San Marco, elle figure une Vierge Marie mutique, sobrement vêtue de rose, agenouillée sur un banc.

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Vers 1445, Fra Angelico est appelé à Rome pour oeuvrer au service du pape Eugène IV, puis de son successeur Nicolas V. Au Vatican, il ne reste plus aujourd’hui de ses œuvres que les somptueuses fresques illustrant les vies de saint Laurent et saint Etienne, abritées dans la chapelle Nicoline et qualifiées de sommet de l’«humanisme chrétien». C’est à cette même époque que Fra Angelico commence la décoration, à Orvieto, de la voûte d’une chapelle de la cathédrale. Le Jugement dernier qu’il y peint inspirera les travaux que mènera, quelques décennies plus tard, un certain Michel-Ange (1475-1564) sur la chapelle Sixtine.


Les 200 ans du Prado

Le musée du Prado a ouvert ses portes le 19 novembre 1819, sous le nom de Musée royal de peinture et de sculpture. Pour célébrer ses 200 ans, la vénérable institution madrilène organise deux expositions temporaires: Fra Angelico et les débuts de la Renaissance florentine mais aussi Velázquez, Rembrandt, Vermeer: Visions parallèles (jusqu’au 29 septembre), une exposition centrée sur la peinture hollandaise et espagnole des XVIe et XVIIe siècles qui met en exergue, pour la première fois, les traits communs entre ces deux univers picturaux.

Fra Angelico et les débuts de la Renaissance florentine. Musée du Prado, Madrid. Jusqu’au 15 septembre.


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