Quasi simultanément, deux anciens vocalistes de Notre-Dame de Paris s'époumonent en solo. Bruno «Gringoire» Pelletier et Patrick «Phoebus» Fiori s'affranchissent de la cathédrale de Victor Hugo surmédiatisée par Luc Plamondon et Richard Cocciante avec une fortune très diverse et des voix plus ténues qu'attendu. Le Québécois Pelletier, toujours perçu comme un nouveau venu alors qu'il gagne sa vie avec sa voix depuis vingt-deux ans déjà, publie un sixième album de rock aux consonances anglo-saxonnes soigné mais très convenu. Le Français Fiori, pour sa part, patauge complètement dans une soupe musicale indigne même de la variété la plus tiède. En dépit du prestigieux concours de Jean-Jacques Goldman.

A quoi bon en parler dès lors? Parce qu'il semble que tous deux, quoi qu'ils fassent, restent prisonniers d'une image forgée sur la scène d'une lucrative comédie musicale, et renforcée encore par la diffusion des tubes «Le temps des cathédrales» et «Belle».

Un carcan à double tranchant puisqu'il a contribué à les lancer artistiquement en France aussi bien qu'il risque de compromettre au final leur carrière. Tous deux conscients de ce pesant état de fait, l'assumant même, chacun ne réagit en revanche pas de manière identique au moment d'aborder la question.

Alors que Patrick Fiori ne souhaite pas s'en «dépêtrer», est «fier de cette aventure extraordinaire» permettant de l'identifier, Bruno Pelletier, lui, souhaite que «Notre-Dame reste juste une clef pour accéder» au reste de son univers. Le Canadien a d'ailleurs éprouvé le besoin de marquer deux années sabbatiques pour se remettre en question et relativiser l'échec commercial de son précédent disque, D'autres rives, vendu seulement à 45 000 unités.

Malgré le lavage de cerveau médiatique enduré par le public, ce dernier ne semble pas goûter la retenue affichée par les deux chanteurs dans leur exercice solo. Et à une sensibilité inédite préfère la démesure reconnaissable.

Patrick Fiori, Patrick Fiori (Epic/Sony);

Bruno Pelletier, Un monde à l'envers (Warner).