Pendant quelques jours, les promeneurs qui se sont aventurés en contrebas de Saint-Moritz ont pu découvrir un parcours métamorphosé. La fameuse piste olympique de bob avait été recouverte sur toute sa longueur – 1300 mètres – de dix mille lamelles de bois. Aujourd'hui, cette installation spectaculaire, si elle fait partie des 100 manifestations proposées dans le cadre de la Fête des arts, n'existe déjà plus en tant que telle. Œuvre de Daniel Zimmermann, plasticien qui intervient dans la nature pour fixer des moments éphémères, elle ne pourra être vue par le public que sous la forme de dias en trois dimensions. Car l'artiste installe ses lamelles – toujours les mêmes, écologie oblige –, pour les photographier et les enlever. Ainsi, le promeneur qui suivra la piste de bob n'en retrouvera que le souvenir – en trois dimensions – dans les lunettes d'observation qui ponctueront son parcours.

Cette œuvre qui met en relation art et nature, tout en proposant une excursion, est emblématique de ce qui va se dérouler dès samedi dans l'Engadine. De Sils-Maria à Samedan en passant par Celerina et Pontresina, des églises, des hôtels, des rues, des cinémas, le tremplin de saut à skis et même le glacier vibreront non pas au rythme d'un festival mais à celui d'une vaste Fête des arts suisses qui réunira 800 participants. Et qui se veut pluridisciplinaire, tout en privilégiant le dialogue entre nature et création. L'opération est aussi ambitieuse que risquée, ne serait-ce que parce qu'elle espère attirer des amateurs des muses dans une région certes splendide mais plutôt excentrée, à une époque où les festivals urbains battent leur plein. Mais les organisateurs veulent le souligner: cela fait depuis la Landi de 1939 que l'on n'avait plus connu pareil rassemblement d'artistes de notre pays. La première édition de la Fête des arts, qui s'était déroulée à Lucerne, était restée nettement plus modeste. Cette fois, la manifestation s'appuie sur une occasion précise: le centième anniversaire de l'Association suisse des musiciens (ASM, voir ci-contre). Cette dernière a généreusement décidé de ne pas fêter seule, mais de s'ouvrir aux autres arts. Le pianiste Peter Aronsky, installé à Saint-Moritz, a, lui, suggéré les hauteurs de l'Engadine comme décor naturel de la célébration.

Une fois le principe retenu, il fallait un contenu. Les organisateurs ont lancé un concours et nommé un jury. Deux cents projets lui ont été envoyés, 40 ont été retenus. Les artistes choisis se sont vu attribuer 20 000 francs pour réaliser leur œuvre – charge à eux de trouver le reste du financement (voir ci-dessous). Comme point de départ, ils ont reçu deux instructions: leur création doit être soit musicale soit pensée en relation avec la nature de l'Engadine. L'Ensemble Interferenz a lui réussi à suivre les deux. Ses quatre musiciens ont commencé par enregistrer toutes sortes de bruits en Engadine, des courses de chevaux aux conversations de touristes russes. Ils ont ensuite déposé un sampler devant l'hôtel Allegra de Pontresina, muni de 16 micros. Les passants sont invités à s'y exprimer spontanément et à mêler leurs voix aux bruits de fond préenregistrés tandis que, cachés dans l'Hôtel, les musiciens leur répondent en improvisant. Ce jeu entre extérieur et intérieur porte le titre explicite – en romanche – de Dador – Dadens.

A l'inverse, Eugène, auteur établi à Lausanne, n'a lui pas du tout suivi les instructions. On lui avait demandé d'écrire sur la nature de l'Engadine, il a répondu qu'il n'y a «pas assez de mots pour couvrir toutes les nuances d'un paysage intérieur […] ou extérieur». Il est alors parti en Afrique pour y chercher «quelques kilos de sable et les offrir à la montagne». Pour rappeler que, avant la dérive, les Alpes appartenaient au continent africain. Les Alpes et des dunes, son installation consistant en quelques kilos de sable promis à se disperser, sera visible à Pontresina pendant toute la Fête. L'Anglais Hamish Fulton est lui l'un des rares artistes étrangers à avoir été invités. Arrivé le premier, il est déjà reparti – mais en laissant quelques traces. Car sa spécialité est de marcher et d'exposer les objets qu'il trouve au cours de ses balades. Les bouts de bois, pierres et autres brindilles qu'il a recueillis en sillonnant l'Engadine sont ainsi à voir (atmosphère zen minimaliste) à la Chesa Planta de Samedan.

Il est bien sûr impossible de décrire ici les 100 manifestations prévues, qui comprennent une cinquantaine de concerts gratuits marquant les 100 ans de l'Association suisse des musiciens. Signalons encore que, parmi les 800 artistes annoncés, on retrouvera notamment le chorégraphe Philippe Saire, Philippe Corboz et son Ensemble Vocal, les Genevois de l'Ensemble Contrechamps ainsi que Fritz Hauser.

Fête des arts, Saint-Moritz/Engadine, du 26 août au 3 septembre, tél. 081/830 00 01, www.engadinferien.ch.