Festival sur la brèche, Cinéma Tous Ecrans débute aujourd'hui et s'affiche pariant sur les mutations à venir du 7e art (LT du 25.10.2008). Heureusement pour ceux qui peineraient à s'enthousiasmer pour des films sur téléphone portable, des fictions interactives sur ordinateur, voire même des «pilotes» de séries TV, la manifestation genevoise présente aussi des «vrais» films. Cela reste même l'essentiel de sa programmation, entre la Compétition officielle, la section Regards d'aujourd'hui et la rétrospective Grands Cinéastes sur petit écran...

Et là, excellente surprise: achevant une mue commencée depuis quelques éditions, le festival renonce largement aux téléfilms comme à la chasse aux premières visions. L'avantage? La possibilité de récupérer des films remarquables déjà passés dans de grands festivals mais qui risquent trop souvent de ne pas trouver preneur ou de passer trop inaperçus en Suisse.

On ne s'explique pas autrement la présence en compétition de Hunger du plasticien britannique Steve McQueen, Caméra d'or à Cannes, pour cette saisissante évocation des grèves de la faim dans les prisons d'Irlande du Nord dans les années 1980. Idem pour Wolke 9 de l'Allemand Andreas Dresen, bouleversante histoire d'amour tardif et «Coup de cœur» du jury Un certain regard, ou pour Frozen River, premier film de l'Américaine Courtney Hunt dans la veine sociale du cinéma indépendant et Grand Prix du Festival de Sundance.

De Cannes et de Berlin

A priori, on conseillera également trois films lancés par le Festival de Berlin: L'Aquarium, tentative de somme cairote du talentueux Egyptien Yousry Nasrallah, To verderner du Danois Niels Arden Oplev (une jeune témoin de Jehovah découvre l'amour et la relativité) et La Terramadre de Nello La Marca (double drame de l'exil en Sicile). Hors compétition, le téléfilm HBO Recount de Jay Roach avec Kevin Spacey et Laura Dern attire lui aussi l'attention en relatant le fiasco de la présidentielle américaine de 2000, à travers la cacophonie du vote en Floride.

Enfin, Cinéma Tous Ecrans offrira l'occasion d'une vraie découverte majeure en la personne du cinéaste noir américain Charles Burnett. Devancier «côte Ouest» de Spike Lee, Burnett jouit d'une grosse cote anglo-saxonne pour son cinéma résolument anti-hollywoodien et dès lors marginalisé. Du néoréaliste Killer of Sheep (1977) au fameux téléfilm sur l'esclavage Nightjohn (1996) et au semi-documentaire sur le blues Devil's Fire (2003), de quoi prouver qu'on peut être un festival de série B et malgré tout s'offrir des talents de tout premier plan.

Cinéma Tous Ecrans, du 27 octobre au 2 novembre. Maison des arts du Grütli, 16, Général-Dufour, Genève. http://www.cinema-tous-ecrans.ch