Classique

Pépites d’émotion au Verbier Festival

Le chef hongrois Gabor Takacs-Nagy, Evgeny Kissin et le jeune pianiste sud-coréen Seong-Jin Cho ont été applaudis ce week-end et lundi matin (sur l’alpe)

Au Verbier Festival, les concerts – trois à quatre par jour – se succèdent à un rythme effréné. Pas de déception, à ce stade, avec de grands moments comme La Création de Haydn dirigée samedi soir par Gabor Takacs-Nagy à la Salle des Combins. Tout y était: la ferveur, l’engagement, la musicalité, portés par les musiciens du Verbier Festival Chamber Orchestra et le RIAS Kammerchor de Berlin.

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L’oratorio de Haydn est un récit de la Genèse adapté de la Bible et du Paradis perdu de Milton. Dès les premières notes, le chef hongrois imprime un souffle à l’œuvre. L’attention portée à l’articulation, la variété des couleurs, le soin porté aux rythmes et la manière de faire saillir les accents sont remarquables. Les musiciens du Verbier Festival Chamber Orchestra forment un organisme soudé. Ils sont suspendus au regard de Gabor Takacs-Nagy, si expressif et sensible aux contrastes.

Le RIAS Kammerchor de Berlin, l’un des meilleurs ensembles choraux d’Allemagne, chante avec ferveur. Tout sonne large, généreux. La basse Andreas Bauer fait vive impression dans le rôle de l’archange Raphaël. Une voix sombre, large, profonde, veloutée aussi, que l’on pourrait associer au répertoire mozartien (Sarastro dans La flûte enchantée). Le ténor neuchâtelois Bernard Richter a le timbre idéal – tout en finesse, en lumière – pour Uriel. La soprano suédoise Miah Persson (Gabriel et Eve) chante d’une voix ronde et scintillante. Elle interprète les duos d’Eve et d’Adam en compagnie du baryton Peter Mattei. Des duos au caractère enjoué et insouciant; il y a même une touche de sensualité qui fait défaut habituellement dans ce récit entaché par le péché originel. Un grand concert acclamé par le public.

Toucher impalpable

Le récital d’Evgeny Kissin dimanche soir était attendu. Malgré ses tics et mimiques au visage, le pianiste russe s’est montré très concentré. Dans ses trois Nocturnes de Chopin, le jeu est puissamment architecturé; tout repose sur des basses granitiques semblables à des piliers. Ce qu’il y manque? Une part de mystère, l’impalpable que l’on associe à Chopin. La 3e Sonate en fa mineur de Schumann sonne de manière très orchestrale. Le meilleur est dans le mouvement lent: ce thème et variations respire une grandeur sombre et épique sous les doigts de Kissin. Le jeu du pianiste est très pensé, très organisé – presque trop pour une musique qui mériterait d’être plus fantasque.

On retrouve les basses d’acier de Kissin dans un bouquet de Préludes de Debussy en seconde partie. Pas d’impressionnisme à fleur de peau ici. On y admire sa manière de sculpter la musique, avec cette fois-ci un toucher plus impalpable dans certains Préludes. Certes, on pourrait rêver de sonorités moins dures dans la partie centrale de La cathédrale engloutie (on dirait du Rachmaninov!), mais toute la fin de la pièce est très réussie. Kissin apporte une note d’humour au prélude Général Lavine – Eccentric et on aime ces giboulées de notes admirablement fondues grâce à la pédale dans Feux d’artifice. Rêverie de Schumann, joué en bis, manque de poésie, alors que l’Etude opus 25 No 12 de Chopin, elle, est d’une virtuosité colossale.

Jeu éloquent

Vainqueur du Concours Chopin de Varsovie en 2015, Seing-Jin Cho a donné un très beau récital lundi matin à l’église. Ce pianiste sud-coréen joue de manière brillante et sensible à la fois. Sobre au clavier, cultivant un jeu raffiné et coloré (les deux cahiers d’Images de Debussy), il possède une solide technique. Il fait ressortir les contre-chants dans Schumann (Fantasiestücke opus 12) et Chopin (3e Sonate en si mineur opus 58) tout en structurant le discours. Le finale de la 3e Sonate de Chopin est porté par une virtuosité incandescente, de même que l’Etude d’exécution transcendante No 10 de Liszt. Occasionnellement, le toucher est trop dur dans les nuances «forte», mais c’est un jeu éloquent. Un artiste à suivre et qui remplacera Martha Argerich, mercredi soir, au concert de gala des 25 ans du festival.


Verbier Festival. Jusqu’au 5 août. www.verbierfestival.com

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