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L'acteur Fred Jacot-Guillarmod dans «Erratiques», évocation nocturne d'une enfance en Allemagne de l'Est.
© Samuel Rubio

Spectacle

Pépites nocturnes au Poche à Genève

Trois acteurs jouent quatre courtes pièces, dont «Erratiques», texte merveilleusement troublant du jeune auteur allemand Wolfram Höll. Ce bain de nuit vaut le détour

Dans la nuit, la parole roule comme une automobile sans phares. Elle s’enhardit, libérée du poids du jour, s’emballe sans craindre le fracas, fait tomber les murs sur son passage. Au Poche à Genève, Krach, Votre regard, Erratiques et Les Voies sauvages – qu’on n’a pas vue – circulent tous feux éteints dans nos ténèbres, qu’elles soient politiques ou intimes.

Un cycle de pièces courtes

Ces pièces courtes – moins d’une heure – s’inscrivent dans un cycle – un sloop dans la terminologie du directeur de la maison, Mathieu Bertholet – intitulé «Murmures». Ces textes ne sont pas tous du même acabit, mais ils ont le mérite de porter la signature d’auteurs inconnus sous nos latitudes. On ne regrette pas de s’y frotter.

Dans ce bouquet, le plus troublant, c’est-à-dire mystérieux, est Erratiques, traversée d’un paysage en fuite signée Wolfram Höll, auteur de 30 ans déjà distingué en Allemagne. Un homme se rappelle l’immeuble de son enfance, dans un quartier d’une ville est-allemande. La scène s’étire devant vous comme une jetée, barrée par une paroi. A l’extrémité, l’acteur Fred Jacot-Guillarmod vit les mots de Wolfram Höll – traduits par Laurent Muhleisen. Derrière un lutrin, ses mains d’ensorcelé remontent le courant de la mémoire.

Le chant de la lumière

Que voit-on alors dans la mise en scène délicate d’Armand Deladoëy? Comme appelés par Fred Jacot-Guillarmod, les acteurs Cédric Djedje et Cédric Juliens glissent en somnambules sur la scène, bientôt pétrifiés à l’image des trois gros cailloux – les «erratiques» – qui veillent sur le plateau.

La beauté musicale et poétique du spectacle tient à son énigme. En bordure de mot, l’enfance se recompose. Imaginez l’enfant, son frère et son père, tous trois liés par une image brûlante, un film où passe la mère, morte. Erratiques est le chant d’une lumière, celle qui survit quand tout s’efface.

L’enfer de l’entreprise

Tout autre est la pente de Krach, cette descente aux enfers conçue par l’auteur français Philippe Malone et montée par Selma Alaoui. Fred Jacot-Guillarmod y joue un cadre essoré par son entreprise qui se jette dans le vide, du haut d’un gratte-ciel. Dans sa chute, ce sont ses capitulations et renoncements qui défilent dans une prose qui a ses fulgurances rythmiques.

Mais est-ce l’acteur, trop littéral dans l’expression de son tourment, ou le texte convenu dans sa critique du capitalisme? Krach est trop démonstratif pour emporter.

Un soliloque au pied du mur

Si vous aspirez à la fugue, vous la trouverez dans Votre Regard de Cédric Bonfils, mis en scène par Guillaume Béguin. Cédric Djedje y incarne un passant hanté par une jeune femme hermétique et silencieuse qui l’aurait appelé à l’aide. Il cherche à la ramener à lui, mais elle se dérobe, comme la sirène échappe au pêcheur.

Votre Regard est une prière d’amour au cutter, un soliloque au pied du mur, porté par un acteur économe de ses effets, candide et roué à la fois. On pense à La Fuite à cheval très loin dans la ville, ce roman de Bernard-Marie Koltès (Ed. de Minuit). Ou au Bavard de Louis-René Des Forêts. Au Poche, la parole est une automobile fantôme. La portière claque, les pneus crissent. Et l’issue est incertaine, ce qui est une vertu au théâtre.


Krach, Votre regard, Erratiques, Les Voies sauvages, Poche, Genève. Jusqu’au 5 novembre

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