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Classique

Perahia, l’essor d’un chef

Le pianiste américain ouvrait hier soir le volet automnal du Festival de Lucerne, avec l’Academy of St Martin in the Fields

Le bras ferme, la main souple. Murray Perahia dirige comme il joue du piano: avec ce chant du détail, cette plastique du geste devenue une hygiène de vie. Comme toile de fond, une élégance vierge d’aspérité, où les subtilités peuvent épanouir leurs couleurs.

On connaît surtout l’Américain pour le raffinement de son clavier. Surprise, lundi soir au KKL de Lucerne. Le chef a pris le pas sur l’instrumentiste. A la tête de l’Academy of St Martin in the Fields, Murray Perahia ouvrait la session «am Piano» du plus grand festival classique de Suisse, en s’adonnant à des œuvres concertantes et symphoniques de Mozart et Bach.

«Je n’ai jamais voulu devenir pianiste, dit-il, mais plutôt musicien.» C’est vrai, Perahia n’est pas de ces virtuoses qui ont 84 touches tatouées au corps. Parvenu tard à la reconnaissance (il remporte le concours de Leeds à l’âge de 25 ans), le New-Yorkais approche le piano en voyageur émerveillé. Jouer reste une rencontre, ave ses risques et ses imprévus.

Une infection au pouce a bien failli mettre un terme à sa carrière il y a une dizaine d’années. En retraite scénique, il en a profité pour se plonger dans une intense étude de Bach, absorbant l’écriture, définissant lignes de force et pivots harmoniques au sein de chaque œuvre.

Le quotidien d’un chef d’orchestre, tout compte fait. Si ce travail a porté ses fruits à l’instrument (de beaux enregistrements de Bach chez Sony), les perspectives ne s’arrêtent pas là. Lundi, baguette en main, Murray Perahia s’est octroyé une Symphonie KV 504 «Prague» de Mozart vivifiée, saisissante de maîtrise. Les textures s’embrassent avec fougue, les cordes boivent à la source des bois, se coulent entre des timbales claires et éloquentes.

Présence forte

C’est vrai, l’Academy of St Martin in the Fields fait presque figure d’ensemble autarcique: en ouverture de programme, la Sinfonia Concertante C 40 de Johann Christian Bach se déploie sans chef, simplement guidée par les premiers pupitres. Mais, avec Perahia, la catalyse s’opère, et les troupes se galvanisent. Sur le podium, le musicien projette une présence forte, fougueuse. Ce qui a quelque peu manqué aux deux concertos proposés en amont, le KV 453 en sol majeur de Mozart et le BWV 1054 en ré majeur de Bach. Murray Perahia y fait la démonstration de sa sonorité soyeuse et nacrée (les mouvements lents!), mais le piano, au couvercle mi-clos, manque étrangement de projection et de mordant.

Lucerne Festival, jusqu’au 29 novembre. www.lucernefestival.ch

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