Julien Mages est-il un pur produit de la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande (HETSR)? Quand elle a ouvert ses portes à Lausanne en 2003, la Manufacture s'est notamment fixé d'enseigner «une approche globale du métier où le comédien est plus qu'un exécutant: il est un vrai compagnon de travail dans une complète autonomie».

Autonome et global, Julien Mages l'est en tout cas. Sorti de la HETSR en 2006, cet acteur, auteur et metteur en scène de 30 ans a déjà créé trois spectacles. Et son prochain texte devrait figurer au programme de la prochaine saison du Théâtre Vidy-Lausanne. «Sa sensibilité est remarquable, observe René Zahnd, directeur adjoint du Théâtre lausannois. Il a une écriture particulière, un vrai univers. Du reste, il y a unanimité autour de cet artiste: avant moi, Sandrine Kuster de l'Arsenic, Yves Burnier du Moulin-Neuf et Françoise Courvoisier du Poche de Genève l'ont déjà plébiscité. Comme quoi, un vrai talent est toujours reconnu.»

Le talent en question a eu «l'impression de sauter des étapes» lorsqu'il est passé d'une production à 8000 francs au Moulin-Neuf d'Aigle à un spectacle au Poche, à Genève, totalement financé par l'institution.

«J'ai toujours écrit. A la HETSR, notre professeur d'écriture Antoine Jaccoud m'a encouragé en relevant que j'avais une belle maîtrise du domaine de la folie», raconte le jeune auteur. Le metteur en scène français Claude Régy avec qui Julien Mages entretient une relation épistolaire, le soutient aussi. Et s'il met en scène ses propres textes, c'est que cette étape «fait partie de l'écriture».

Pourquoi, selon lui, Division, son triptyque sur l'enfermement mental, a si bien rencontré public et programmateurs? «Peut-être parce que j'ai creusé ce sillon de la névrose familiale. Pour percer, je crois que l'artiste doit fonder quelque chose, l'ancrer dans une vérité.» Mais, à présent, Julien Mages quitte «la noirceur absolue» pour une réflexion «plus légère, chantée» qui traitera du clivage entre richesse et pauvreté. «Que se passe-t-il lorsqu'un pauvre veut sortir la tête de l'eau?» Réponse à Vidy, prochaine étape d'une vie déjà bien remplie.