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L’image est au cœur du livre de Mathias Howald. A défaut de pouvoir se parler, ses protagonistes se prennent en photo.
© Dieter Nagl/AFP

Livres

Le père caché dans les images

Pour son premier roman, le Lausannois Mathias Howald revisite le passé photographique de sa famille

C’est une époque lointaine, au temps des albums de famille, avant les égoportraits et les selfie sticks. Pierre a dirigé un magasin de développement photographique. Il a hérité de l’appareil de son grand-père, un Leica, et entend le léguer à son tour à son propre fils, Mathieu. Dans la famille, on hérite aussi du silence. On n’arrive pas à se parler, entre générations, alors on se prend en photo. Mathieu, le narrateur d’Hériter du silence, décide donc de parcourir ses albums pour renouer avec ce père disparu à la suite d’un cancer. Tout le récit devient une chambre noire où les gestes, les pensées, le passé sont recréés. Une époque renaît, les années 1970 et 1980 en Suisse romande, dans le canton de Vaud.

Scruter les images, c’est surtout pour le narrateur l’occasion de retrouver celui, absent, qui a déclenché l’obturateur (le père n’apparaissait pas souvent sur les photographies puisqu’il en était l’auteur). Le récit est aussi centré sur la figure de la grand-mère, Murielle, le personnage le plus fort. Artiste repliée dans un galetas, créatrice mais dépressive, elle est également hantée par un pesant silence.

La housse noire des pompes funèbres

Né en 1979, Mathias Howald signe là son premier récit. Parfois, la tentation est grande d’en dire trop, de souligner les symboles. Les détails ralentissent le récit, le faisant ressembler à une image.

Mais les moments d’émotion ne manquent pas, dans Hériter du silence. Ils sont donnés à voir dans leur immédiateté, sans commentaire, presque dans le silence justement: la grand-mère apparaissant dans sa robe de chambre mauve, le corps du père escamoté dans une housse noire par les pompes funèbres. «Je n’ai pas voulu voir les manœuvres qu’ils faisaient avec ton corps mais je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux quand j’ai entendu le bruit de la fermeture éclair qui se refermait sur toi.»

Toucher avec les yeux

Ou ces passages qui font ressentir le vertige des albums de famille: «En commençant par la fin, je rapetisse à vue d’œil: marchant, puis rampant, pour flotter enfin, porté de bras en bras, l’air hébété de l’attention qu’on m’accorde. Je me demande à qui je ressemble le plus aujourd’hui: toi adulte, ou moi enfant?»

Dans ce texte, le monde, les êtres et les choses sont vus à travers des objectifs, des photographies, des images… Le réel s’appréhende à distance. «On touche avec les yeux, pas avec les mains», met en garde Murielle. Mais l’écriture parvient à ce miracle, toucher l’autre, son corps, à distance, à travers le temps: les images se mettent à parler et les larmes viennent.


Mathias Howald, «Hériter du silence», Editions d’autre part, 183 p.

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