Son éditeur a annoncé ce lundi le décès de l’écrivain suédois Henning Mankell, à l’âge de 67 ans. Le père de l’inspecteur Wallander, personnage auquel il a consacré 12 romans, était atteint d’un cancer. Il avait chroniqué sa maladie sur son blog, écrivant dans les premiers jours: «J’ai une tumeur dans la nuque et une autre dans mon poumon gauche. Le cancer peut également s’être propagé à d’autres parties de mon corps».

Son personnage de policier à la fois emphatique et amer lui a donné une grande notoriété, avec d’innombrables traductions de par le monde, ainsi deux séries TV, en Suède et en Grande-Bretagne. Henning Mankell a réussi à s’insérer dans une tradition nationale tout en cultivant une singularité. Il a porté haut le polar suédois, une culture déjà riche d’une vingtaine d’années avant les premiers Wallander des années 1990, tout en approfondissant, sans cesse, l’intimité et l’irréductible originalité de son héros.

L’un des plus beaux effacements de personnage

L’inspecteur est devenu toujours plus attachant par l’accumulation de ses soucis personnels, lourds sans jamais l’accabler tout à fait, depuis les suites d’un divorce, finement analysées, jusqu’aux problèmes de diabète.

Sans conteste, le cycle Wallander offre l’un des plus beaux effacements de l’histoire du polar, dans le roman «L’Homme inquiet», paru en français en 2009. L’écrivain faisait doucement glisser son personnage dans la maladie d'Alzheimer, par touches, sans éclat ni dramatisation extrême. En 2014, «Une main encombrante» ramenait Wallander à l'avant-scène, dans une histoire cependant située avant l’ultime aventure.

De la Suède au Mozambique

Henning Mankell a aussi écrit des ouvrages pour la jeunesse, et des romans inspirés par ses périples africains – il a longtemps dirigé un théâtre au Mozambique.

Sur son journal des temps de cancer, il écrivait encore: «Mon angoisse est très profonde mais j’arrive à la garder sous contrôle. A ce stade, j’ai décidé d’essayer d’écrire sur cette expérience. D’écrire simplement comme cela se produit. […] J’écrirai d’une perspective de vie, pas de mort».