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Le chanteur Julien Perez, Bordelais d’origine et Parisien d’adoption.
© Camille Vivier

Musique

Perez, capitaine cavernes

Une électro-pop sombre et lumineuse, des paroles simples à entrées multiples, une omniprésence discrète: des paradoxes à la chaîne pour ce chanteur français timide et sans complexe, auteur avec «Cavernes» d’un somptueux deuxième album

La pop ou chanson française, appelez-la comme vous voulez, voilà un concept qui se promène toujours au bord du précipice, sauf quand il est pratiqué par des figures incontestables telles que Gainsbourg, Bashung ou Daho. C’est parfois génial sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, comme lors du retour magique du regretté Daniel Darc dans les années 2000, avec deux albums qui prenaient aux tripes malgré l’extrême dépouillement des textes. Mais souvent, hélas, on doit subir les mauvaises herbes d’apprentis poètes, des fours indigestes à l’écriture de noblesse décatie – pas assez de place pour tous les citer, mais les Feu! Chatterton en sont un très beau symbole.

Julien Perez, Bordelais d’origine et Parisien d’adoption, a d’abord chanté en anglais dans un groupe de metal atmosphérique. Puis il a choisi le français, en solo, et il a bien fait. La trentaine un chouïa anxieuse, hyper-cultivé en philosophie ou en art contemporain, il aurait pu lui aussi s’égarer dans un concours de références prétentieuses. Il a heureusement choisi la simplicité pour deux albums qui vont nous accompagner de longues années: Saltos, paru en 2014, et Cavernes, sorti à la fin de l’hiver dernier.

Entre chien et loup

Il a clairement tout pour cartonner. Un petit côté androgyne, moue boudeuse, bouche pulpeuse, traits fins – un atout dans le monde de l’électro-pop; une voix basse qui traîne juste ce qu’il faut, pour une ambiance club mais aussi plus sombre. La variété de ses compositions nous offre aussi bien des tubes envoûtants (Le dernier tube de l’été, justement), d’autres évidents (Nikki), ainsi que des étrangetés délicieuses: un t-shirt façon Bashung période Play Blessures, ou des titres à rallonge en forme de mini-nouvelles dans lesquels il est facile de plonger (Candy, Looping). Plusieurs univers trop vite qualifiés de crépusculaires, un sous-entendu un peu gênant de fin du monde. On est ici davantage entre chien et loup: une lumière qui s’échappe, une autre qui pointe tout en se faisant désirer, mais pleine de promesses.

Aujourd’hui, on n’a plus le temps d’attendre l’éclosion d’un artiste

Son premier album aurait déjà dû saturer les radios voilà quatre ans, avec des hymnes presque grand public (Gamine, Les bars des musées) ou des inspirations houellebecquiennes sur Les vacances continuent – «Des lunettes arrière sur lesquelles reposent les dépliants des stations balnéaires», ou «Il faut croire que l’ennui a eu raison de l’enthousiasme». Mais son succès est resté confidentiel. Pourquoi? «On ne sait jamais, c’est toujours un mystère, pour tout le monde. Sinon les labels auraient trouvé une martingale», sourit-il.

Il revient sur Bashung, justement, pour illustrer une autre époque: celle où l’industrie du disque, comme le monde en général, se donnait un peu de temps avant de juger d’un claquement de doigts. «Je serais vulgaire si je le qualifiais de directeur artistique, mais il n’écrivait pas vraiment, composait assez peu, mais arrivait à retravailler toutes les matières pour en faire des chefs-d’œuvre. C’est moins simple aujourd’hui, on n’a plus le temps d’attendre l’éclosion d’un artiste.»

Début de conquête

Le temps qu’on lui refuse? Il a décidé de le créer lui-même en se débrouillant seul. En jouant de son côté multi-cartes, déjà: bandes sonores d’expositions, résidence au Palais de Tokyo, ou musiques pour publicités. Puis en créant son propre label, avec home-studio dans son appartement du dernier étage d’une tour parisienne. Un environnement favorable pour ses créations technos, avec deux voisins très âgés et complètement sourds…

Il dit aimer le côté «organique» de la scène, avec ses accidents et sa nature sauvage. Vrai: il a récemment franchi avec succès le test du Badaboum, salle parisienne bondée et en fusion lors de son passage. Une première qui l’a touché: «Je n’avais jamais fait une salle comme ça où tout le monde était venu uniquement pour moi. Quand des gens viennent te dire après un concert à quel point tes mots résonnent dans leur vie, c’est très émouvant.»

«Pour une langue coupée, des milliers d’oreilles sont sauvées», écrit-il dans Candy. La sienne a été épargnée. Peut-être le début d’une vraie conquête.


Perez, «Cavernes» (Etoile Distante).

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