La semaine prochaine, soit le mercredi 17 octobre précisément, Marc-Olivier Wahler – cofondateur du CAN (Centre d’art Neuchâtel), ancien directeur à la fois du SI (Swiss Institute) de New York puis du Palais de Tokyo – inaugure à Paris son nouveau projet, soit le premier de ses «chalets», des structures temporaires qui veulent «réinventer le centre d’art, le rapport aux œuvres et aux artistes». Situé dans une ancienne école au 14, boulevard Raspail, ce premier espace s’intitule «Chalet Society» et présente sur plus de 1000 m2 les œuvres des artistes autodidactes et marginaux du Museum of Everything de James Brett. Puis ce sera au tour d’autres chalets autour du monde d’ouvrir leurs portes, à l’instar du Chalet Hollywood qui devrait vernir sa première exposition d’ici à la fin de l’année à Los Angeles.

Le Temps: Quel fut le point de départ de ce projet?

Marc-Olivier Wahler: On est parti du constat suivant: aujourd’hui, le concept de centre d’art – espace d’expositions temporaires qui ne vend pas d’œuvres et qui n’a pas de collections – a plus de 150 ans. Il a un peu perdu de sa fonction première, en raison de la multiplication des foires et biennales, mais aussi du fait que les galeries et musées font le travail qui lui était autrefois dévolu. Dès lors, on s’est mis à réfléchir à une manière de repenser le centre d’art. La Chalet Society est née de cette réflexion et a pour but d’essayer de nouveaux formats. Un peu comme un laboratoire de tests.

– Vous aviez déjà mis sur pied un programme de chalets lorsque vous étiez directeur du Palais de Tokyo.

– En prenant la tête du Palais, je me suis très vite rendu compte que j’avais besoin de structures plus flexibles pour expérimenter certains projets. J’ai donc mis en place les Chalets de Tokyo, des lieux temporaires d’exposition qui se sont implantés à travers le monde, sortes d’enclaves du Palais. Lorsque j’ai quitté mon poste, j’ai pris ce concept de «chalets» avec moi.

– Pourquoi avoir choisi cet intitulé, «Chalet»?

– Le chalet, dans mon idée, c’est un lieu convivial, de rencontres et d’échanges. Soit on en possède un et on le prête à des amis lorsqu’on n’y est pas, soit on invite des connaissances à se joindre à nous lorsqu’on y est. J’avais envie que ces espaces d’expositions temporaires soient semblables, qu’il y ait de la convivialité, qu’autour d’eux se crée une communauté artistique.

– Mais, dans la forme, il ne s’agit pas de vraies constructions de bois?

– Pas du tout. On s’insère dans des lieux qu’on nous prête gracieusement, comme à Paris. A l’origine, j’avais pris comme modèles pour les chalets le concept de logiciel, qui s’installe sur divers systèmes, mobiles ou fixes, etc. Les chalets sont des software – en opposition au hardware – qui peuvent s’intégrer sur n’importe quelle plateforme. Il s’agit de développer un lieu d’art qui puisse se greffer, s’adapter à n’importe quel type d’architectures.

– Pourquoi avoir choisi Paris comme ville pour installer le premier chalet?

– Simplement par opportunité. C’est-à-dire que j’ai des contacts sur place et par ce biais j’ai trouvé quelqu’un qui m’a mis un lieu à disposition. Si un jour une personne me propose un espace à Bâle pour six mois, j’y installerai un chalet. Stratégiquement, il s’agit de donner une identité forte aux chalets, de créer une marque, pour qu’ensuite ils puissent s’intégrer dans des endroits différents.

– Quelles sont les sources de financement des chalets?

– D’abord il est important de préciser que tout le monde travaille bénévolement. Le propriétaire des lieux où s’insèrent les chalets prête l’espace, comme les artistes qui mettent gracieusement à disposition leur travail. Privé, le financement provient des internautes qui soutiennent le projet par le biais de la page de la Chalet Society sur le site de crowdfunding Mymajorcompany.com. Chaque personne qui fait un don accède à la communauté de la Chalet Society et devient mécène. En retour, ce que nous proposons, ce sont des relations privilégiées avec les artistes, la mise à disposition de notre réseau, ainsi que des conseils pour les personnes qui collectionnent ou souhaitent commencer à collectionner.

– Est-ce qu’on peut acheter des œuvres dans la Chalet Society?

– Non, on ne vend pas de pièces mais on offre un réseau pour des collectionneurs qui peuvent ainsi découvrir des artistes et peut-être par la suite acheter ou soutenir d’une façon ou d’une autre ces artistes.

– Parlez-nous de la première exposition à voir dès la semaine prochaine à la Chalet Society.

– Il s’agit d’une collection privée appartenant au Britannique James Brett et intitulée «Museum of Everything». L’ensemble comporte environ 10 000 objets qui ont été créés en dehors de toute structure culturelle. Il s’agit d’artistes aveugles, schizophrènes, de personnes qui habitent dans des homes de réinsertion, de marginaux. Parmi les pièces présentées se trouve l’œuvre d’un non-voyant qui toute sa vie a créé des appareils photo en terre cuite.

– Quelle sera l’exposition qui suivra celle du Museum of Everything?

– En janvier, nous vernirons une deuxième exposition avec notamment des œuvres de Tatiana Trouvé. En parallèle aux accrochages, on met sur pied avec des artistes et des critiques d’art une structure qu’on appelle «l’atelier des testeurs». Sur le modèle de ces magazines qui testent les nouveaux produits, nous ferons de même mais avec les idées. Par exemple, le concept de l’atelier. On travaillera avec des designers, des ergonomistes, des physiothérapeutes pour éprouver cette notion, la questionner.