En quinze ans de carrière, les Pet Shop Boys ont multiplié les tubes. De West End Girls à New York City Boy, le duo anglais a constamment recherché à allier le dynamisme et la frivolité de la dance music à une écriture pop sensible et raffinée. Neil Tennant, la voix, et Chris Lowe, l'homme-machine, ont séduit les foules autant avec leurs compositions délibérément commerciales que par leur univers esthétique en constante mutation. Cette inventivité créatrice se reflète dans des clips aujourd'hui mythiques ainsi que dans des concerts spectacles fusionnant théâtre, opéra et comédie musicale. Des shows permettant à Neil Tennnant d'endosser des costumes souvent extravagants.

Moins médiatique que son compère, Chris Lowe incarne le personnage du boudeur, de l'électronicien génial à l'air absent. Caché derrière son synthétiseur, pilotant l'énorme machine musicale des Pet Shop Boys, cet artiste avoue préférer l'ombre de ses éternelles lunettes de soleil. Avant de créer le duo le plus «camp» de la pop anglaise, Chris Lowe était un architecte prometteur. Témoignage de cette période, une cage d'escalier forcément superbe de l'une des tours industrielles de Milton Keynes. A quelques kilomètres de son domicile de Clerkenwell, un quartier Est de Londres. L'homme y habite un loft, qui a fait l'objet de plusieurs reportages dans Elle décoration. «Je suis plus célèbre pour mon appartement que pour ma musique», aime-t-il glisser. En plus de composer parmi les plus émouvantes ballades pop de ces vingt dernières années, Chris Lowe a l'humour délicieusement acide. Contacté par téléphone quelques jours avant le concert bâlois du duo, le musicien devise, affable. La tournée des Pet Shop Boys commencée à la fin de 1999 aux Etats-Unis est un succès. Elle a séduit tant le public que les critiques.

Le Temps: Vous avez la réputation de créer des shows sophistiqués. Est-ce par passion pour les comédies musicales?

Chris Lowe: Pas vraiment. En fait, à chaque fois que nous décidons de faire de la scène, nous élaborons un concept très précis en nous entourant de créateurs renommés. Nous avons ainsi travaillé par le passé avec le metteur en scène David Alden ou avec le cinéaste Derek Jarman. Cette fois, nous avons collaboré avec l'architecte Zaha Hadid. Nous voulions que le show soit plus abstrait, plus moderne. Ce spectacle est moins théâtral que nos shows précédents, il nous permet d'être plus proches du public, de réellement communiquer avec les gens. C'est important parce que nous allons jouer toutes nos chansons favorites, des titres qui couvrent toute notre carrière. Il y aura quasiment tous nos tubes. Des morceaux qui sont chargés d'émotion tant pour le public que pour nous. Je ne supporte pas les groupes qui refusent de jouer leurs hits sur scène.

– Votre musique a très peu évolué depuis le début de votre carrière. Elle est immédiatement reconnaissable…

– Notre objectif a toujours été d'être différent des autres groupes. A nos débuts la dance music était méprisée. Le mélange de rythmes dansants, de cordes synthétiques et de textes plutôt existentiels semblait alors contre nature. Avec les années, notre musique a quelque peu changé. Elle a incorporé des éléments de house ou de musique latino. Nous faisons appel à des producteurs extérieurs, à des dj's comme Danni Tenaglia ou David Morales afin d'apporter à nos compositions un autre habillage. De l'ère du disco à celle actuelle de la house, la scène club de New York a toujours influé notre musique.

– Votre dernier album («Night life») ne se vend pas aussi bien que prévu. Comment réagissez-vous à ce relatif insuccès?

– Nous avons la chance, comme les groupes cultes, d'avoir une très forte base de fans fidèles. A notre manière nous redevenons aujourd'hui underground. Même si ce terme ne veut plus rien dire. Des formations comme Leftfield ou les Chemical brothers vendent des centaines de milliers d'albums en travaillant sur l'expérimentation des sons. Avec le développement d'Internet, la multiplication des télévisions musicales, les groupes sont surexposés dès leur création. Ils ne peuvent se développer à leur rythme.

Les Pet shop boys en concert dimanche 23 janvier, à 19h, à la Sankt Jacob Halle, Bâle. Billets en vente auprès de Ticket Corner ainsi qu'à l'entrée de la salle.