Musique

Peter Bence, le pianiste qui a conquis YouTube

A 26 ans, le jeune Hongrois cumule plus de 300 millions de vues sur la plateforme de vidéos en ligne. Sa recette? Reprendre des tubes populaires au piano...et de manière peu conventionnelle. Dimanche, il sera en concert au Théâtre du Léman, à Genève

Tout le monde se souvient, sans doute un peu trop bien, de l’irrésistible «Despacito». Au printemps 2017, le tube pop-reggaeton des Portoricains Luis Fonsi et Daddy Yankee noyait littéralement les ondes sous ses beats sensuels et balancés. Un triomphe planétaire encore plus flagrant en ligne, où le clip décroche rapidement le titre de vidéo la plus populaire de YouTube, avec plus de 4 milliards de clics. Du jamais-vu.

Mais «Despacito», c’est aussi le morceau de tous les records pour Peter Bence. En juillet, ce jeune Hongrois de 26 ans postait sur la plateforme une version piano du hit latino. Pendant trois minutes, on le voit s’agiter au clavier, en jean slim et canotier, ses doigts virevoltant avec fougue. La «cover» de Peter Bence, comme on dit dans le jargon du Web, dépasse aujourd’hui les 16 millions de vues et sa version Facebook approche des 70 millions. Certes, on est loin du raz-de-marée original, mais à l’échelle d’un simple piano droit, c’est une sacrée prouesse.

Piano désacralisé

Ce n’est pas un hasard: Peter Bence sait ce qui plaît aux internautes. Depuis près de dix ans, il transforme leurs tubes préférés en démonstrations de virtuosité. Et voit, titre après titre, sa communauté d’abonnés enfler. «The Greatest» de Sia, «Cry Me a River» de Justin Timberlake ou encore «Bad» de Michael Jackson: sous les doigts du Hongrois, ces mélodies ultra-populaires deviennent de petits concertos, mais pas au sens classique du terme.

Car au piano, Peter Bence est une sorte d’homme-orchestre. Il frappe les touches, pince les cordes, claque le pupitre, utilise la sourdine comme percussion. A l’aide d’une pédale loop placée à côté des traditionnelles trois autres, il enregistre certains motifs et les repasse en boucle, de manière à ce que toutes les lignes mélodiques puissent coexister. «J’aime personnaliser mes arrangements et leur insuffler plus de rythme.» Quitte à malmener un peu son piano? «Il faut le libérer de cette image d’instrument classique et le désacraliser. Les guitaristes font bien des choses folles avec leur gratte, eux!»

Mozart et «Tom & Jerry»

Casser les codes, c’est le credo de Peter Bence. Enfant prodige, il apprend seul à pianoter la bande-son de Tom & Jerry à 4 ans, intègre une école de musique à 5 et compose sa première partition à 7. Mais s’il aime Mozart et Chopin, c’est avant tout la musique de film qui le fait vibrer, en particulier les compositions de John Williams pour Star Wars ou Jurassic Park. «Contrairement à ce qu’on dit parfois, elles témoignent d’une réelle qualité artistique tout en étant appréciées du grand public.»

C’est d’ailleurs un medley du compositeur américain que Peter Bence interprétera dans sa toute première vidéo YouTube, en 2008. Le jeune pianiste a 16 ans et le clip remporte un certain succès. «J’étais tout excité. Plutôt que de devenir un de ces compositeurs contemporains qui écrivent des trucs nulissimes dans leur coin, je préférais partager.» Et en profiter pour balayer quelques clichés. «Si certains pensent que le piano est ennuyeux, c’est parce qu’on en joue de manière ennuyeuse! Au contraire, le piano est cool. Il peut tout faire.» Même permettre de remporter un Guinness World Record: Peter Bence détient celui du plus grand nombre de notes jouées en une minute.

Sur un bateau

Après des études au prestigieux Berklee College of Music de Boston, le virtuose continue ses activités virtuelles… avec un impact bien réel. «Des internautes, ou leurs parents, m’écrivent régulièrement pour dire que je les ai poussés à commencer le piano.» Surtout, en associant pop et clavier, ses clips lui permettent de décloisonner les styles et les publics. «Selon moi, la musique ne devrait pas être jugée en fonction de son genre. Quelqu’un qui n’aime pas le classique pourrait y être sensibilisé à travers mes reprises, par exemple.»

Depuis, les vidéos se sont professionnalisées. Tournées jusqu’à trente fois par un cameraman pour un résultat léché, elles mettent en scène le pianiste sur un bateau ou en costume de Dracula. Mais Peter Bence l’assure, YouTube reste avant tout un outil pour atteindre davantage de monde. D’ailleurs, depuis deux ans, le Hongrois emmène son piano en tournée et s’est vu ovationné dans une quarantaine pays. Sur les six dates en Suisse cette semaine, quatre affichent complet.

Quant à son premier album studio, à paraître au printemps, il réunira «covers» et compositions personnelles. Il s’intitulera Awesome Piano. Littéralement, «Le Piano génial».


Peter Bence Piano, au Théâtre du Léman, Di 25 à 18h, www.theatreduleman.com

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