Ramenée aux genres spécifiquement littéraires, l'œuvre de Peter Bichsel est de dimensions plutôt modestes. Mais elle s'amplifie si l'on envisage les volumes consacrés au pays d'origine (La Suisse du Suisse, 1969) et les nombreuses «colonnes» publiées dans des hebdomadaires à grand tirage sur des thèmes d'actualité. Aux ouvrages qui les rassemblent, comme les Histoires anachroniques (1979), s'ajoute maintenant Alles von mir Gelernt, le recueil paru pour le 65e anniversaire de l'auteur. Voici donc de nouvelles «histoires», non moins finement travaillées en effet que les récits et le roman: sur des souvenirs d'enfance, Martina Hingis, le chômage, les éclaireurs, la mondialisation, les livres, les anges, Bichsel s'interroge et engage le dialogue. Défilent des personnages et des événements du quotidien, sans importance semble-t-il, auxquels la rouerie du tour et de l'approche confère soudain une présence inconfortable. Au lieu de simplifier par leur transparence laconique, les petites phrases insidieuses du conteur compliquent et dérangent. Elles incitent à méditer et tiennent le parti de l'utopie. Sur des airs nostalgiques, mais avec un humour qui console.