Théâtre

Peter Brook, un enchanteur à Thonon

Seigneur de la scène européenne, l’artiste britannique, 93 ans, présente «The Prisoner», son nouveau spectacle, vendredi et samedi à la Maison des arts du Léman. Il reste des places

Le songe de tant de nuits à portée de doigts. L’occasion est trop belle et il faut la saisir. Vendredi et samedi, Peter Brook, 93 ans, fait escale à la Maison des arts du Léman à Thonon-les-Bains. L’artiste aux yeux liquides, qui a bivouaqué sur les collines de Perse, fraternisé avec les griots d’Afrique, cheminé sur les berges du Gange, présente sa nouvelle création, The Prisoner. Et il reste des places, lecteurs.

Une aubaine, s’enthousiasme Thierry Macia, directeur du théâtre. Celui-ci peut se targuer d’être le seul dans la région à accueillir cette saison un spectacle qui a vu le jour au début du printemps aux Bouffes du Nord à Paris. «Avant même sa création, nous avons acheté deux représentations, manière de soutenir celui qui a donné le goût du théâtre à des générations.»

Un crime épouvantable

Pieds nus sur les planches. L’auteur de L’espace vide, ce livre fameux qui allie pratique et pensée, est fidèle à sa ligne. Sur scène, presque rien, c’est-à-dire l’essentiel. Un voyageur occidental – double de Peter Brook, peut-être – débarque dans un pays lointain: il veut s’initier aux secrets des arbres dans une forêt mystérieuse. A la lisière, il rencontre un sage, Ezekiel, qui lui annonce qu’il devra traverser un désert où se dresse une prison. A l’intérieur, un certain Mavuso, «the prisoner» justement, coupable d’un crime innommable.

Peter Brook présent à Thonon

C’est cette fable morale que Peter Brook et sa complice Marie-Hélène Estienne mettent en scène, avec cinq comédiens, africains, britanniques et indiens – le spectacle se joue en anglais, surtitré. «Après des débuts classiques, Peter Brook s’est éloigné du théâtre conventionnel pour aller à l’essentiel, la présence de l’acteur et de son corps dans un espace nu, raconte Thierry Macia. Il touche aux grands sujets de notre condition avec une économie de moyens stupéfiante.»

L'interview de Peter Brook en 2014: «Comme Shakespeare, la neurologie permet de révéler l’invisible»

Peter Brook sera présent à Thonon, histoire d’ajuster le conte au plateau. Après la représentation de vendredi, il devrait répondre aux questions du public. Autour de lui, l’ombre d’Hamlet, des divinités hindoues du Mahabharata, du neurologue Oliver Sacks. Autant de compagnons sur un chemin intérieur bordé de songes.


The Prisoner, Thonon-les-Bains, 4 bis, avenue d’Evian, ve et sa à 20h.

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