Connaissez-vous Peter May? Posez la question aux amateurs de polars et vous serez surpris. Pour l’un, il s’agit de l’auteur de l’excellente trilogie écossaise. Pour l’autre, un écrivain de polars chinois. Certains ajouteront qu’il vient de sortir un nouveau livre, L’Ile au rébus, publié comme les précédents aux Editions du Rouergue. Un homme du Nord ou quelqu’un du Sud? Là aussi, les réponses allègrement divergent. Et comme pour les livres, les deux sont également vraies. Ecossais pur sucre amoureux du Lot où il vit depuis de nombreuses années, Peter May est devenu Français en avril 2016, à 64 ans.

Depuis l’enfance, Peter May, né le 20 décembre 1951 à Glasgow, rêvait d’être écrivain. Il deviendra journaliste, avant de se faire un nom comme producteur, scénariste et réalisateur d’œuvres dramatiques pour la télévision britannique. De cette époque et d’un tournage date d’ailleurs sa découverte des îles Hébrides, qu’il évoquera ensuite dans sa trilogie écossaise. Dans les années 1990, en effet, il abandonne son travail de réalisateur, s’installe en France et décide de se consacrer désormais à l’écriture de romans policiers.

Chinois

Mais Peter May a la bougeotte et ses premiers pas d’écrivain le conduisent… en Chine, un pays qui le fascine de longue date. Il y fera plusieurs séjours afin de mieux comprendre le pays, les gens et le fonctionnement de sa police. Il en tirera six thrillers qui mettent en scène un inspecteur local et une médecin légiste de Chicago. Un travail respectueux et minutieux qui lui a valu d’être nommé membre honoraire de l’Association des écrivains de romans policiers chinois à la section de Pékin.

Dans le choix de ses personnages aussi, cet écrivain très prolifique aime prendre à rebours la logique ordinaire. Il a ainsi créé deux enquêteurs quasi homonymes, mais qui ne sont pas parents: Fin Macleod et Enzo Macleod. C’est ce dernier que l’on retrouve aux commandes de L’Ile au rébus, son nouveau livre, le quatrième volet de sa série «Assassins sans visages» qui se passe en France.

Polonais

Plaisant et bien ficelé, ce polar a pour décor l’île de Groix, située au large de Lorient, dans le Morbihan. Une île paisible qui, de mémoire d’homme, n’a jamais connu de crimes. Ou plutôt qui n’en avait jamais connu jusqu’à ce jour de septembre 1990 où Adam Killian est retrouvé mort, assassiné de trois balles. Ce retraité d’origine polonaise, devenu plus anglais que les Anglais, semblait pourtant sans histoire. Spécialiste en génétique médicale tropicale, il était également passionné d’entomologie.

En dépit des apparences, Adam Killian avait un lourd secret. Il avait découvert quelque chose de très dérangeant et voulait en faire part à son fils, Peter. Peu avant de mourir, il avait d’ailleurs prévenu sa belle-fille par téléphone: «Jane! Si pour une raison ou une autre, je ne suis plus là, il faut qu’il vienne ici. Je lui ai laissé un message. Il le trouvera dans mon bureau. Mais, écoute bien, Jane… En attendant son retour, tu dois absolument veiller à ce qu’on ne touche à rien dans la pièce, qu’on n’enlève rien. Je veux que tu me le promettes.»

Ethiopien

Jane a tenu sa promesse. Malheureusement, son mari, qui travaillait pour une association caritative, meurt quelques jours plus tard dans un accident de la route à Addis-Abeba. Le bureau de son défunt père reste intouché, et le mystère entier. Certes, un suspect, le trouble et séducteur Thibaud Kerjean, est arrêté, mais finalement acquitté, faute de preuves. Vingt ans plus tard, s’accrochant à un ultime espoir, Jane fait appel au spécialiste des affaires non élucidées, Enzo Macleod.

Ceux qui ont lu Terreur dans les vignes ou La Trace du sang – qui vient de sortir en poche – retrouveront donc avec plaisir le personnage d’Enzo Macleod, dont Peter May dit qu’il lui ressemble. Ancien légiste de la police écossaise venu s’installer en France par amour, son personnage est désormais professeur à l’Université de Toulouse. Parallèlement, il a fait le pari un peu fou d’élucider le mystère des affaires classées recensées par son ami Roger Raffin dans un livre. Le meurtre de Groix en est une, la quatrième à laquelle il s’attaque.

Avec son catogan, sa mèche blanche et ses yeux vairons, Enzo Mcleod débarque donc sur l’île de Groix le 28 octobre 2009. Le temps est détestable, mais le whisky délicieux. Et son hôtesse Jane Killian séduisante. Après avoir dégusté des crevettes et une dorade arrosées d’un délicieux blanc Château Clément Termes cuvée Mémoire, il se met au travail. Et comme on s’en doute, il parviendra à déchiffrer le troublant rébus laissé par Adam Killian. Non sans peine toutefois, et non sans risque.

Polars de grande qualité

Minutie dans la récolte de documents, fiabilité de ses sources, souci de coller à la réalité, les qualités des polars de Peter May se retrouvent dans L’Ile au rébus. Et comme toujours, les humeurs du temps, l’atmosphère des lieux et la somptuosité des paysages sont rendues avec élégance et talent. Sans même parler de cette dégustation d’un luxueux whisky provenant de la plus petite distillerie d’Ecosse, Edradour. Une couleur d’ambre pâle, «le riche parfum aromatique de l’orge maltée des vallons écossais». De quoi faire rêver même les passionnés d’eau plate.


Peter May, «L’Ile au rébus», trad. de l’anglais par Ariane Bataille, Editions du Rouergue. 297 p.