Une carrure de montagne, qui glisse lentement d’une pièce à l’autre, en pantoufles. Des vêtements larges. Le dos droit. La mine saine. Et cet air franc, concentré, parfois dur, qui rappelle celui des ancêtres soumis à la rudesse de la vie alpine. Voilà la première impression que donne Peter Zumthor, debout dans sa salle de séjour dont la hauteur de plafond impressionne. Mais le parallèle avec les sommets suisses s’arrête ici. Contrairement à la légende, l’architecte n’est pas une montagne dans la montagne. Haldenstein, où il vit et travaille, n’a rien d’un village reculé. Séparé de Coire par un fleuve, au pied d’une épaisse forêt, le bourg s’est étendu et modernisé depuis que l’architecte s’y est installé en 1969. Peter Zumthor aime préciser qu’il n’est qu’à une heure et demie de l’aéroport de Zurich d’où il vole vers ses projets, en Europe, en Asie, aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient.

Ce n’est donc pas géographiquement qu’il est isolé. Mais il communique très peu. Pas de site internet, pas de réseaux sociaux, des interviews données au compte-gouttes. Pour être reçu à la Casa Z, il faut convaincre le maître des lieux, qui accepte ou refuse personnellement chaque demande des médias. Et pour comprendre son travail, passer en revue ses livres édités en Suisse, dont il maîtrise la direction artistique, jusqu’au choix de l’interligne et des couvertures textiles. Dans le village, deux bâtiments abritent ses maquettes gigantesques, présentées à la hauteur des yeux, et sa trentaine de collaborateurs, la plupart jeunes diplômés ou stagiaires: l’Atelier Bois, construit dans les années 1980, qui garde une contemporanéité surprenante, et une construction récente entièrement vitrée à tous les étages.