portrait

Petit Biscuit, douce transe

Les médias le nomment «le prince de l’électro». A tout juste 18 ans, le DJ français a composé, dans sa chambre, des tubes qui électrisent les foules des plus grands festivals internationaux. Un univers épuré et mélodique à découvrir jeudi aux Docks de Lausanne

Tapez «petit biscuit suisse» dans Google et vous tomberez sur une recette de milanais au beurre. Enfin, en «scrollant» un peu. On le comprend vite, les premiers résultats s’adressent moins aux amateurs de pâtisseries helvétiques qu’aux fans de musique électronique: le moteur de recherche leur dit tout sur le passage d’un jeune DJ jeudi, aux Docks de Lausanne et, le 8 juin prochain, au Caribana festival de Crans-près-Céligny.

Petit Biscuit, le nom intrigue. On pense à quelque chose de doux, à une gourmandise régressive. Et on n’est pas très loin: s’il euphorise aujourd’hui le monde de la nuit, Mehdi Benjelloun, de son vrai nom, n’a pas 13 ans lorsqu’il goûte au frisson électro pour la première fois.

Un synthé, un ordinateur, un logiciel de production un peu trop complexe pour lui: en 2011, dans sa chambre d’enfant à Rouen, Mehdi tâtonne, bidouille des brouillons de compositions. «C’était du bricolage. Il n’y avait pas de tutos, pas de méthodes… J’ai appris tout seul.» Au téléphone, le jeune homme évoque ses débuts avec une nonchalance amusée.

Alors que sa famille l’imagine plongé dans un jeu vidéo, l’adolescent jongle avec des samples, les tord, les superpose pendant des heures. Une exploration musicale quasi instinctive pour Mehdi, immergé depuis l’enfance dans un joyeux bain mélodique: d’un côté les disques de son père, Marocain d’origine, et de l’autre les pièces classiques qu’il apprend au violoncelle.

Doux ouragan

Si le solfège l’ennuie, la musique électronique lui offre une liberté insoupçonnée. Puisque l’ordinateur peut imiter n’importe quelle texture, tout reste à inventer. Un vertige créatif plus grisant qu’intimidant pour Mehdi. «Sans jouer de la harpe, je peux par exemple créer des sons qui y ressemblent, les rendre plus lisses, plus purs encore.»

De plus en plus dégourdi, le DJ en herbe poste ses compositions sur SoundCloud et, par une connexion dont seul le Web a le secret, se fait repérer par une chaîne YouTube qui offre de les partager. Les clics pleuvent: c’est le moment de se choisir un blase. Mehdi, qui le veut simple, accrocheur et francophone, pense alors à la formule sucrée qu’on lui connaît. Impossible de prévoir que, quelques années plus tard, elle aurait fait le tour du monde et le bonheur des journalistes, gourmands de métaphores culinaires (oui, nous aussi).

Et puis il y aura «Sunset Lover», le doux ouragan qui propulsera, en 2015, Petit Biscuit dans la cour des grands. Comme beaucoup de premiers succès, il naît un peu par hasard. Mehdi retombe sur un enregistrement vocal envoyé par une amie, le trafique un peu et, en quatre heures, imagine ce titre paisible, atmosphérique. Une progression d’accords de guitare, un beat envolé et surtout cette voix, enfantine, qui fredonne une rengaine inintelligible, à la fois étrange et délicieuse. Petit Biscuit a 15 ans et électrise les foules comme il les délasse.

Mention «très bien»

A l’âge où les adolescents se cherchent une identité, le jeune Français, lui, a trouvé son créneau: un son épuré et, à l’inverse du cliché boum-boum type boîte de nuit, très mélodique. «Il y a toujours dans mes morceaux un refrain, un gimmick qui capte l’attention.» Sans se préoccuper des étiquettes qui définiraient son univers (downtempo, pop, électro-chill…), Petit Biscuit veut emmener l’auditeur ailleurs. «C’est un appel au voyage, à des choses profondes de l’humain, naturelles, sensuelles.»

La balade intérieure, c’est bien joli, mais Mehdi veut faire danser aussi. «Dans ma musique, je mets à la fois de l’émotion et des moments où ça explose.» Après un premier EP en 2017, Petit Biscuit part tester sa recette en tournée, écumant les Zéniths de France et les festivals, dont le Paléo de Nyon. Sur scène, pas de musicos: seul face à la foule, le jeune DJ alterne guitare et boîte à rythme pour recréer en direct ses meilleurs tracks, qu’il accompagne de visuels sur grand écran. La sauce prend instantanément. «De voir les gens bouger, réagir devant moi, c’est un bonheur énorme. Plus j’y goûte, plus je cherche à le reproduire ensuite en studio. Je travaille beaucoup pour que mes live ne soient pas chiants.»

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Lâché au milieu d’un discours étonnamment mûri, un mot trahit parfois son jeune âge. Et Mehdi s’en réjouit: il a longtemps réussi à concilier vie d’artiste et vie d’ado. Toujours chez ses parents, il obtenait l’an dernier son bac scientifique avec la mention «très bien» et entamait dans la foulée des études en maths à l’Université Paris-Dauphine. Un cursus «carrément en pause» aujourd’hui, à l’heure où Petit Biscuit est invité sur les plus grandes scènes internationales, dont celle du mythique festival américain Coachella.

S’il a moins de temps pour voir ses amis, Mehdi les fait chanter: leurs voix s’invitent sur son second album, Presence, sorti en novembre. Un opus qui se veut plus sombre, plus tribal. «J’y ai incorporé mes expériences, toute la maturité que j’ai acquise en tournée. Parfois, je rentre à la maison et le soir même, je crée trois tracks parce que j’ai des choses à dire.»

Sous ses airs de gamin et sa mèche habilement relevée, Petit Biscuit garde les pieds sur terre. Il n’a signé avec aucune maison de disques, préférant se produire en indépendant. Et est bien conscient que la jeunesse, comme le succès, peut être éphémère. «Je rappelle toujours aux gens que je n’aurai pas 18 ans toute ma vie. Et, au-delà de mon âge, j’aimerais surtout qu’on me reconnaisse en tant que musicien.»


Profil

1999 Naissance à Rouen.

2011 Petit Biscuit commence à composer dans sa chambre, chez ses parents.

2015 Composition du tube «Sunset Lover».

2017 Sortie de son second album, Presence.

2018 Concert aux Docks de Lausanne et en juin au Caribana Festival de Caribana festival de Crans-près-Céligny (GE)

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