DVD. Mark Robson. Le Vaisseau fantôme.

The Ghost Ship. Bande originale: anglais, français (mono).

Sous-titrage: français.Ed. Montparnasse.

L'aventure avait commencé en fanfare. Fondée en 1928 par agglomération de plusieurs compagnies, Radio-Keith-Orpheum lançait King Kong en 1933, premier coup d'éclat qui en annonçait de plus rugissants encore. Citizen Kane, puis La Splendeur des Amberson et Le Criminel pour Orson Welles, Soupçons et Les Enchaînés du côté d'Alfred Hitchcock, La Vie est belle selon Frank Capra, des œuvres de John Ford, Nicholas Ray, Otto Preminger, Fritz Lang, les comédies musicales de Fred Astaire et Ginger Rogers... Les grandes heures de la RKO, pilotée quelques années par Howard Hugues, donnent chair à l'expression «Age d'or». Ou la splendeur d'une certaine Hollywood.

Depuis 2001, les Editions Montparnasse consacrent une patiente collection aux créations RKO, des plus prestigieuses - parfois, alors, en coffrets - aux moins illustres. L'entreprise montre ainsi tout le spectre couvert par le studio. A côté des œuvres maîtresses, RKO faisait aussi figure de laboratoire, ou de sas d'importation de tendances nées ailleurs. C'est ce qu'illustre l'une des dernières publications, ce Vaisseau fantôme au titre si ambigu. Car s'il y a bien un navire, élément même central de l'histoire, on cherchera longtemps le fantôme. L'œuvre de Mark Robson s'inscrit dans cette veine d'un fantastique psychologique, toujours sur le fil du rasoir, que le producteur Val Lewton et le réalisateur Jacques Tourneur - employés RKO, bien sûr - portaient au sommet avec La Féline.

Le fantôme, donc, est dans la tête des protagonistes. Malgré quelques digressions, le scénario se concentre sur l'affrontement entre un nouvel officier à peine sorti de l'école et le capitaine de L'Altaïr, hanté par son propre vaisseau et ivre de son autorité. En pleine guerre, Val Lewton et Mark Robson dépeignent la rapacité d'un pouvoir totalitaire dans un milieu clos et isolé par excellence, le bateau. En soulignant leur propos par la voix off d'un matelot muet, commentateur inquiet de l'intrigue, qui ouvre le récit sur une irréalité fantastique. Ou, plutôt, inconsciente, soubassement incontrôlable des obsessions qui se déchaînent sur le pont et dans les cabines.

Trempé d'esthétique expressionniste, Le Vaisseau fantôme offre un concentré de l'angoisse selon RKO. Une culture particulière, qui joue avec le surnaturel, se distinguant radicalement des monstres frontaux d'Universal et sa charrette de Dracula, loups-garous et autres Frankenstein.

En 1957, RKO était rachetée par Lucille Ball, star de la jeune télévision, puis Paramount mettait la main sur ce trésor. Le début de la fin, en termes de production. Formellement, RKO existe encore, pour gérer son catalogue. Et quel patrimoine.