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Petit précis de géographie à la vénitienne

Pavillons choisis parmi les 89 participations nationales de la 56e Biennale de Venise. En mots et en images

Petit précis de géographie à la vénitienne

Pavillons choisis parmi les 89 participations nationales de la 56e Biennale de Venise

La Biennale de Venise, c’est bien sûr une grande exposition, ouverte cette année à «tous les futurs du monde» par le curateur Okwui Enwezor (LT du 09.05.2015). Ce sont aussi des pavillons nationaux, distribués dans les Giardini, à l’Arsenal et dans toute la Cité des Doges. Et autant de questionnements sur les relations de chaque pays avec l’art. Les espaces à disposition sont plus ou moins aisés à investir avec des propositions contemporaines et s’offrent ainsi comme des défis aux commissaires et aux artistes.

C’est un véritable tour de force, même en vivant à Venise, de visiter près de 90 expositions, qui parfois se traversent en deux minutes, parfois demandent du temps, parce qu’elles comportent des travaux vidéo, parce qu’elles incluent de nombreux artistes et se déploient dans de vastes espaces, comme Arménity au monastère de San Lazzaro, qui a reçu le Lion d’or des pavillons. Ou parce qu’il s’agit aussi d’un lieu de vie et d’interaction, à la manière de la mosquée installée par Christoph Büchel dans une ancienne église.

Puisque nous n’avons pas relevé ce défi d’exhaustivité, ces quelques images résultent moins d’un palmarès que d’une envie de montrer, avec quelques beaux exemples, la diversité de ce que peut être une exposition réussie sous l’égide d’un pavillon national. Le premier critère consistant justement à ne pas se laisser enfermer par ce concept de nationalité.

Une bonne exposition doit être adéquate par rapport au site où elle existe, à moins de parvenir à le nier. Certains projets font oublier une architecture trop prégnante, d’autres dialoguent avec elle. Peu importe, ce qui compte, c’est que l’alliance du travail des artistes et des commissaires soit assez pertinente pour que le visiteur, pris dans cette incroyable mosaïque d’expositions qu’est la Biennale, reconnaisse là une proposition particulière. Que s’impose à lui la nécessité de prendre le temps nécessaire à cette rencontre plutôt que de passer son chemin. La géographie vénitienne est si vaste.

CANADA. On entre dans un «dépanneur», on continue dans un incroyable atelier de peinture, on finit sur une plateforme où l’on sacrifie quelques centimes dans une vaste machine à sous qui dessine une fresque en monnaie. Le collectif québécois BGL amuse, non sans pertinence. (Photo DR)

POLOGNE. «Halka/Haïti, 18° 48’ 05”N, 72° 23’ 01”W». Inspirée du «Fitzcarraldo» de Werner Herzog, la vidéo panoramique de C. T. Jasper et Joanna Malinowska permet au visiteur d’assister à la représentation de «Halka» en plein air en Haïti. L’opéra de Moniuszko tisse des liens discrets avec l’histoire haïtienne. (Photo Damas Porcenia)

JAPON. «La Clé dans la main». Chiharu Shiota a récolté des dizaines de milliers de clés grâce à un appel international. Elle les a suspendues à l’une de ses habituelles structures arachnéennes, autour de deux barques. Ces fils de la mémoire, rouges, touchent aisément le public. Dans une vidéo, en sous-sol, des enfants évoquent leurs souvenirs. (Photo AFP)

AUSTRALIE. «Le Temps de la mauvaise façon». Dans le nouveau pavillon de granit noir inauguré par Cate Blanchett, Fiona Hall expose des œuvres réalisées avec des tisserandes aborigènes. Sous un aspect très muséal, des questions actuelles. (Photo DR)

PAYS-BAS. «To be all ways to be». Herman de Vries, formé aux sciences naturelles, a travaillé sur les biotopes de sa région, en Bavière, et de Venise pour une exposition qui traite avec une grande douceur poétique des menaces sur la diversité. Le regard d’un peintre allié à celui d’un savant. (Photo Judith Jockel)

AUTRICHE. Heimo Zobernig nie l’architecture majestueuse de Josef Hoffmann et Robert Kramreiter en cachant les arches sous un vaste plafond noir. Le sol a aussi été nivelé et noirci. L’artiste a renoncé à placer la seule sculpture qu’il avait envisagée. Le dispositif est l’œuvre. (Photo Georg Petemichl)

TUVALU. «La Traversée des flots». Vincent J. F. Huang fait ressentir aux visiteurs la menace qui pèse sur l’île du Pacific Sud en noyant une salle de l’Arsenal que les visiteurs traversent sur une passerelle humide. Des nuées envahissent l’espace. L’eau est pompée dans un canal de Venise, qui elle-même résiste à la noyade. (Photo DR)

56e Biennale internationale d’art de Venise. Jusqu’au 22 novembre. www.labiennale.org.

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