Cinéma

«La Petite Chambre» redécorée en Quartz

L’ouvrage des Lausannoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond a été couronné meilleur film de fiction et meilleur scénario suisse de l’année samedi soir à Lucerne. Une victoire accompagnée d’autres sacres romands, ceux de Jean-Stéphane Bron, Isabelle Caillat et Anthony Vouardoux

Il fait décidément bon être réalisatrice, romande et avoir signé son premier film de cinéma, dès lors qu’il s’agit de participer aux cérémonies des Quartz du cinéma suisse: après Dominique de Rivaz pour «Mein Name ist Bach» en 2004, Ursula Meier pour «Home» en 2009 et Séverine Cornamusaz l’an dernier pour «Coeur animal», les Lausannoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond ont décroché samedi au KKL de Lucerne, au terme d’une cérémonie interminable, le Quartz du meilleur film de fiction 2011. Cette consécration, qui intervient alors que «La Petite Chambre» est en train de réaliser des entrées records en Suisse romande (près de 45000 fauteuils à ce jour), a été, de surcroît, doublé du Quartz du meilleur scénario. Une double victoire particulièrement savourée par la productrice zurichoise Ruth Waldburger, elle qui a fait confiance et pris sous son aile cette première expérience cinématographique du duo lausannois.

La Suisse romande a par ailleurs raflé trois autres Quartz. Celui du meilleur documentaire, qui est revenu pour la deuxième fois (après «Mais im Bundehuus» en 2004), à Jean-Stéphane Bron pour «Cleveland contre Wall Street». Celui de la meilleure actrice qui célèbre la subtilité d’Isabelle Caillat, actuellement héroïne de la série «T’es pas la seule», dans le premier long métrage de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli, «All That Remains», dont la date de sortie est encore indéterminée. Et enfin celui du meilleur court métrage qui est allé à Anthony Vouardoux pour «Yuri Lennon’s Landing on Alpha 46», un joyeux délire spatial déjà primé à Locarno (Pardino d’argento et Prix Cinema e Gioventu) et à Winthertour (prix de la caméra).

C’est dire que les grandes productions alémaniques type «Sennentuntchi» de Michael Steiner, qui sort ce mercredi en Suisse romande et repart de Lucerne presque bredouille (Prix spécial du jury pour le décorateur), ont été bottées en touche par les 350 votants de l’Académie du cinéma suisse. Et seul Stationpiraten de Michael Schaerer permet à l’un de ses acteurs, Scherwin Amini, de repartir avec un Quartz, celui du meilleur acteur, tandis que le documentaire «Goodnight Nobody» de Jacqueline Zünd permet à Marcel Vaid de gagner le Quartz de la meilleure musique.

Reste la statuette du meilleur film d’animation: elle est revenue à Michaela Müller pour «Miramare», superbe tableau impressionniste qu’elle a conçu durant trois ans à l’Academy of Fine Arts de l’Université de Zagreb.

Lorsque l’Académie du cinéma suisse avait été créée, d’aucuns craignaient que la majorité alémanique fasse systématiquement balancer les votes outre-Sarine. Les Quartz 2011 ont une nouvelle fois prouvé que ce n’est pas le cas. Et même qu’une certaine logique, en termes de qualité, peut naître d’un tel système d’autocélébration.

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