photographie

Petite histoire d’une obsession

Après l’envie d’inventaire, la compilation est devenue un concept artistique

Petite histoire d’une obsession

Après l’envie d’inventaire, la compilation est devenue un concept artistique

Il fut l’un des premiers photographes en série. A la fin du XIXe siècle, Eugène Atget entreprend de documenter Paris, à destination des peintres notamment. Il en photographie les petits métiers, les vitrines, les cours d’immeuble ou les monuments. Son œuvre systématique inspirera les surréalistes, Irving Penn et de nombreux artistes. D’autres ont également marqué l’histoire de la photographie par l’ampleur de leurs séries. Walker Evans, qui photographia la campagne américaine, ses maisons et ses habitants, pour la Farm Security Administration durant la Grande Dépression. Ou Bernd et Hilla Becher, évidemment, qui de 1959 aux années 1990 cataloguèrent le patrimoine industriel européen.

L’idée, au départ, était de dresser des inventaires, de documenter. Prosper Mérimée mandata en 1839 des photographes pour immortaliser le patrimoine culturel français, à peine le daguerréotype était-il inventé. «La notion de sérialité est inscrite dans le photographique, elle le constitue au même titre que la reproductibilité ou l’objectivité. Cet état de fait est induit, notamment, par la pellicule», soulignait Clément Chéroux, conservateur au Centre Pompidou, au Temps en 2011. Mais rapidement, l’intention de recensement a été court-circuitée par des visées plus artistiques. La série est d’une efficacité folle. En témoignent les milliers d’objets saisis par les douanes à l’aéroport JFK et photographiés sur fond blanc par Taryn Simon. Les barbus de Claude Baechtold, les insectes sur webcams de Kurt Caviezel ou encore les téléspectateurs internationaux d’Olivier Culmann.

Andy Warhol a contribué au succès du processus. L’époque a rendu les émotions suspectes et érigé la rationalisation en modèle. Avoir un concept est à la mode. On privilégie le propos et la réflexion à l’image icône. La série, de par sa forme, induit une comparaison, souvent ludique, et des pensées qui s’envolent. La facilité, enfin, peut être de mise. Photographier cent maîtres avec leurs chiens produira toujours plus d’effet qu’un seul, même si les clichés sont médiocres.

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