Les reliquats de la magie. Ce qui en reste quand elle est passée. De la prestidigitation, le chorégraphe Philippe Saire retient d'abord le cérémonial. Les doigts solennels, les voiles mensongers, l'esbroufe en guise de religion. Au Théâtre Sévelin 36 à Lausanne, il signe Il faut que je m'absente, spectacle parfois séduisant, aux ressorts hélas trop prévisibles pour enthousiasmer sur la longueur.

Un chorégraphe est parfois un conservateur de gestes. Il observe les codes, coutumes, tics d'un microcosme. Il rêve dessus, puis recycle. Philippe Saire et ses six danseurs ont procédé ainsi, par décalque. Ils ont conçu un show, chapelet de numéros maudits. Que voit-on? En préambule, un bonimenteur en blanc annonce des prodiges. Derrière, une scène nue, illuminée dans toute sa profondeur par des ampoules naines. Il y a du baratin sous les étoiles. Non! Un trouble-fête rudoie le hâbleur. A terre, le marchand d'illusions! Son show est une imposture. Plus tard, un homme, une femme joueront de leurs claquettes comme Cyd Charisse et Fred Astaire. Sauf que le danseur ici menace d'étrangler sa partenaire. Plus tard encore, un apprenti kamikaze arborera une ceinture meurtrière: des bâtons de dynamite, une allumette et puis s'en va. Ecran de fumée, bien sûr.

Philippe Saire construit donc sa pièce sur ce postulat: les enchanteurs de la grande école américaine - dont le magicien David Copperfield serait l'ultime ambassadeur - ont vécu. Il célèbre leur crépuscule, souffle que la magie laisse de beaux restes. Un théâtre grandiloquent d'autant plus attachant que son impuissance est avouée.

L'artiste soigne le deuxième degré. C'est la limite du spectacle, aussi. Si le métier est patent, Il faut que je m'absente s'épuise à force de tirer sur la corde du désenchantement. Ce qui manque, c'est la possibilité de la magie. Qu'on puisse croire que les interprètes sont capables, à un moment, de tenir leurs promesses. Là, c'est aussi une question de casting - des danseurs, pas des enfants du cirque. Pour être complètement opératoire, le deuxième degré suppose, en guise de contrepoint, d'antidote et de consolation éphémère, le premier. Ressassé, l'échec de l'illusionniste comme fatalité lasse.

Il faut que je m'absente, Lausanne, Théâtre Sévelin 36, jusqu'au 23 novembre (loc. 021/620 00 10).